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Catéchèse de Mgr Dognin sur le sacrement de Pénitence et Réconciliation

1. Lien avec le baptême

Saint-Irénée de Lyon écrivait : « la gloire de Dieu, c’est l’homme vivant et la vie de l’homme c’est de contempler la face de Dieu ». Voilà ce que le Seigneur souhaite pour chaque être humain, pour chacun d’entre nous !

Par le baptême, le Seigneur nous a pardonné tous nos péchés et nous a fait entrer dans une vie nouvelle avec le Christ. Mais nous savons tous à quel point le chemin vers la sainteté est un chemin long et risqué. L’existence nous expose à bien des tentations et des occasions de chute. Il nous arrive de manquer d’amour, de faire du mal à quelqu’un, de nous faire du mal à nous-mêmes, d’être injuste. Même si nous le regrettons sincèrement, des blessures restent, qui ne se referment pas vraiment.  Le temps passe mais il y a des choses qui ne peuvent pas s’effacer sans une intervention divine, sans la grâce du pardon. C’est un véritable combat spirituel que nous menons toute la vie !

Le Seigneur ne nous abandonne pas en route. Il nous tend sans cesse la main pour nous relever. Il nous donne la force de son Esprit pour continuer à grandir dans notre foi et notre vocation de fils et de fille bien-aimés du Père. Par le sacrement de Pénitence et Réconciliation, le Seigneur renouvelle en nous la grâce du baptême.

C’est un sacrement de guérison car même s’il y a des choses qui nous ont blessés et que nous n’oublierons jamais, le sacrement soigne la blessure. La mémoire de ce que nous avons fait n’est plus alors une blessure ouverte mais une leçon qui reste gravée dans notre mémoire, non pour nous humilier mais pour nous aider à progresser dans la sainteté.

2. Pourquoi faut-il « passer » par un prêtre ? Ne peut-on pas se confesser directement à Dieu ?

On peut avoir beaucoup d’appréhension à se confesser à un prêtre. Beaucoup se posent la question : « pourquoi faut-il passer par un prêtre ? Ne peut-on pas demander pardon directement à Dieu dans le secret de notre prière ? » Oui, nous pouvons demander pardon à Dieu dans notre prière, nous le faisons en disant le « je confesse à Dieu », mais cela ne remplace pas la grâce du sacrement qui nous ouvre à une autre dimension :

  • D’abord le prêtre ne célèbre pas ce sacrement en son nom, il le fait au nom du Dieu Trinité… C’est Jésus Ressuscité qui a donné à ses Apôtres le pouvoir de remettre les péchés, et par eux aux Évêques et aux Prêtres : « [Jésus] souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus ».

La grâce particulière qu’il reçoit lui-même dans l’ordination pour célébrer ce sacrement le situe comme le Bon Pasteur qui prend soin de ses brebis et non comme un juge qui serait là pour nous condamner. Nous n’avons pas à avoir peur de confesser nos péchés. C’est aussi un secret inviolable pour le prêtre qui vous écoute.

  • Le péché n’est pas une affaire individuelle avec le Seigneur, c’est pourquoi il ne suffit pas de demander pardon dans son cœur. Par notre attitude, nous avons pu blesser des personnes ou, au moins, leur donner un contre-témoignage. Par le sacrement du pardon, nous nous engageons à nous réconcilier avec ces personnes. Nous pouvons le faire quand nous les connaissons. Mais il arrive aussi que ce ne soit pas possible notamment quand les personnes ne sont plus là ou ne sont pas identifiables. Par le pardon reçu dans le sacrement, c’est aussi avec toute la communauté que nous nous réconcilions.

Et pourquoi pas l’absolution collective ? L’absolution collective est prévue dans des cas particuliers où il est impossible de donner le pardon de façon individuelle par manque de prêtre dans un délai raisonnable… cependant, il est bien noté dans le Can. 960 : « la nécessité n'est pas considérée comme suffisante lorsque des confesseurs ne peuvent pas être disponibles pour le seul motif du grand afflux de pénitents, tel qu'il peut se produire pour une grande fête ou un grand pèlerinage ». Ce qui est le cas pour nos pardons bretons. Dans le Finistère, il est tout de même possible de trouver un prêtre dans un délai raisonnable si on a commis un péché grave que l’on veut confesser en urgence !

Je précise d’ailleurs que l’on doit se confesser individuellement après une absolution collective. Can. 962 - § 1. « Pour qu'un fidèle bénéficie validement d'une absolution sacramentelle, donnée à plusieurs, ensemble, il est requis non seulement qu'il y soit bien disposé, mais qu'il ait en même temps le propos de confesser individuellement, en temps voulu, les péchés graves qu'il ne peut pas confesser ainsi actuellement ».

Vous avez bien entendu : c’est la question de la validité du sacrement qui est en jeu pour ce qui concerne… les péchés graves !

3. Discerner son péché. Pas si simple !

Comment discerner la gravité du péché ? Autrefois, on prenait comme repère les dix commandements : Lorsque j’étais jeune prêtre, une personne est venue se confesser en disant « Mon père, pour moi, c’est le 1, le 2 et le 6… ». Il a fallu que je décode ! J’ai demandé aux prêtre plus âgés de quoi il s’agissait : « Il s’agit du 1er, 2ème et 6ème commandement ».

La difficulté aujourd’hui, c’est que nous vivons dans un relativisme généralisé en occident : Il n’y a plus de vérité objective. La vérité devient subjective, chacun sa vérité. Une vérité qui se construit alors par de multiples apports d’opinions diverses, y compris par Internet. Les gens ont une notion individualiste de la vérité.

Prenons l’exemple de cette récente annonce faite par la cour de cassation indiquant que l’infidélité ne pouvait plus être considérée comme un délit : « l’évolution des mœurs comme celle des conceptions morales ne permet plus de considérer l’infidélité conjugale comme (…) contraire à la représentation commune de la morale dans la société contemporaine ». Les barrières tombent les unes après les autres et s’écartent de plus en plus de l’Évangile.

Malgré nous, nous sommes très influencés par l’opinion publique, par ce que vivent nos amis, notre entourage. Nous finissons par adopter les mœurs de la société sur les questions sociétales, éthiques notamment. Nous aussi pouvons avoir ainsi une notion individualiste de la vérité et faire notre tri personnel de ce qui est bien et de ce qui est mal. Par exemple, vous allez confesser que vous avez manqué de charité envers vos proches, mais sans dire que vous avez avorté ou encouragé un avortement parce que cela vous paraît normal. Ou encore, vous allez dire que vous avez été gourmant sans confesser que vous n’avez pas été justes dans vos responsabilités professionnelles ou dans votre déclaration de revenus en donnant souvent comme excuse : « parce que tout le monde le fait ».

Ce n’est pas complétement nouveau mais si nous ne sommes pas nourris de la Parole de Dieu, et si nous mettons de côté l’enseignement de l’Église, nous risquons de ne plus être capable de discerner ce qui est conforme à la volonté de Dieu et ce qui ne l’est pas. Il faut être bien conscient que nous vivons désormais dans une société païenne comme à l’époque de Saint-Paul à Éphèse qui luttait contre les idoles : « Je vous le dis, j’en témoigne dans le Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Ils ont l’intelligence remplie de ténèbres, ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l’ignorance qui est en eux, à cause de l’endurcissement de leur cœur ; ayant perdu le sens moral, ils se sont livrés à la débauche au point de s’adonner sans retenue à toute sorte d’impureté. Mais vous, ce n’est pas ainsi que l’on vous a appris à connaître le Christ, si du moins l’annonce et l’enseignement que vous avez reçus à son sujet s’accordent à la vérité qui est en Jésus. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, c’est-à-dire de l’homme ancien corrompu par les convoitises qui l’entraînent dans l’erreur. Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité ».

C’est donc par la Parole de Dieu, étudiée, méditée, priée, que nous pouvons être à même de discerner ce qui est conforme à la volonté de Dieu. C’est pourquoi, la lecture de la Parole de Dieu est très importante dans la célébration du sacrement de pénitence et réconciliation. Il serait même souhaitable de dire au prêtre quelle est la Parole de Dieu qui vous a touché, interpellé, et pourquoi. Sinon le prêtre vous écoutera tout de même, mais il pourra, lui, vous éclairer avec la Parole de Dieu s’il a en tête un passage qui convient !

4. Confesser en vérité… avec un regret sincère

Il m’est arrivé souvent d’entendre des personnes me dirent : « Je viens me confesser parce que c’est Pâques demain ». Mais lorsque je demande quelle est leur demande de pardon, ils répondent : « Je n’ai pas fait de péché, je m’entends bien avec tout le monde. Je n’ai pas d’ennemis » et la personne ajoute parfois : « Vous savez, à mon âge ! ».

J’ai aussi déjà entendu des personnes qui venaient se confesser d’un péché tout en disant que la situation n’était pas réglée… et qu’elles ne pouvaient pas s’engager à ne plus recommencer. Dans ce cas, je prie avec la personne mais je reporte l’absolution en m’engageant à le faire lorsque la personne pourra s’engager. Il m’arrive parfois de faire cela. Une fois, j’ai vu une personne très secouée par ce « report », mais elle était revenue une semaine après pour se confesser avec la ferme intention de ne plus recommencer. Comme le dit Saint-Grégoire le Grand : « On s'écarte radicalement du mal quand, par amour pour Dieu, on a décidé de ne plus jamais pécher ».

L’Église fait la différence entre des péchés graves et des péchés véniels. Cependant, si un péché véniel est exceptionnel, ce n’est pas grave, mais si ce péché véniel qui se répète, et devient même une habitude bien ancrée, cela devient un péché grave ! Bien sûr, il nous arrive malheureusement de retomber dans le même péché, mais par le sacrement, le Seigneur nous aide à progresser d’année en année, si nous consentons vraiment à grandir dans la sainteté. On peut faire disparaître peu à peu de sa vie les péchés véniels habituels.

5. Quand faut-il demander ce sacrement ?

Le droit de l’Église dit :

Can. 989 - Tout fidèle parvenu à l'âge de discrétion est tenu par l'obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois par an.

Can. 988 § 2. Il est recommandé aux fidèles de confesser aussi les péchés véniels.

À partir de là, il y a des pratiques très diverses. Il est possible évidemment de recevoir ce sacrement plus souvent, mais n’oublions pas que c’est l’Eucharistie qui est la source et le sommet de toute la vie chrétienne.

En tous les cas, c’est vraiment une grande grâce de pouvoir vivre ce sacrement et si nous osons faire ce pas, nous trouverons beaucoup de joie car nous ouvrirons la porte au Seigneur qui nous comblera de ses merveilles…

« Voici que je me tiens à la porte et je frappe, dit le Seigneur, Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi ».

Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon

le 14 septembre 2017,
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