Prier avec Dom Michel

Dom Michel est un maître de vie spirituelle. Une de ses prières commence ainsi, pour louer et glorifier Dieu :

« Avec cette mienne volonté, je voudrais que tous mes os fussent autant de chandeliers d’or, et que la moëlle d’iceux fût de l’encens ; je le ferais flamber à jamais pour votre plus grande gloire ; mais que serait-ce au prix de ce que vous méritez ?
O si je pouvais faire que toutes les gouttes d’eau de la mer, tous les brins d’herbe qui sont sur la terre, tous les grains de sable qui sont sur les rivages et au fond de l’Océan, que toutes les étoiles qui sont au ciel fussent changées en autant de belles langues, ô que de bon cœur je les y changerais pour vous louer à jamais ! (…) »

Prier avec Dom Michel et sous sa conduite, c’est d’abord renouveler notre regard sur la grandeur de Dieu et sa bonté pour nous. Contempler celui qui est invisible mais s’est rendu visible en Jésus Christ. Dom Michel invite à « unir notre volonté humaine à la volonté divine » pour grandir en sainteté. « Ceci vous est représenté par la seconde figure où vous voyez des âmes qui ont été introduites dans l’église triomphante [au ciel], tenant dans leurs mains des cœurs enflammés représentant l’amour de Dieu ». Pour Dom Michel, notre amour de Dieu ne peut être le fruit que de la contemplation.

MLN ex.voto DNZMais le moyen d’y parvenir « n’est pas de dire beaucoup de chapelets : la foi, l’espérance, l’aumône et toutes autres choses bonnes et vertueuses ne nous peuvent faire parvenir à notre dernière fin qui est la jouissance de Dieu ; l’unique moyen d’y parvenir est d’aimer Dieu. » L’amour du prochain est inséparable de l’amour de Dieu, c’est pourquoi Dom Michel insiste aussi sur l’importance des « œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle », à pratiquer « joyeusement ». Pour lui, il ne suffit pas de pratiquer quelques bonnes œuvres, de dire des prières, ou de faire des aumônes, il faut aimer Dieu par-dessus tout, et se laisser entraîner par le Christ dans le mouvement de sa Passion et de sa Résurrection.

Pour nourrir notre prière, Dom Michel propose de méditer sur les « états » de Jésus à partir des évangiles : dans l’humilité de « la crèche de l’étable de Bethleem, ou entre les bras de sa sainte Mère », dans sa vie publique en Galilée et à Jérusalem, et dans sa mort et résurrection. Notons que Dom Michel avait une grande dévotion au Christ souffrant, et faisait méditer la Passion du Christ « tous les Vendredis à ses disciples par le moyen d’un tableau qu’il leur avait fait peindre » et qu’il appelait « l’horloge de la Passion ».

Le Christ doit être au cœur de nos vies, c’est pourquoi Dom Michel célébrait avec beaucoup de ferveur le « Saint sacrifice de la Messe », où Dieu « a mis les trésors infinis de ses grâces et de ses mérites » ; il y voyait « une extension et une continuation de l’incarnation du Fils de Dieu ».

Dom Michel insistait beaucoup sur la pratique des sacrements, pour « acquérir, conserver et augmenter la grâce », ainsi que sur l’humilité nécessaire pour vivre selon l’évangile, accueillir les dons de l’Esprit Saint et « imiter Notre Seigneur ». Sa dévotion à la Vierge Marie était grande.

Poète, Dom Michel compare notre âme à un navire qui porte Dieu, mais aussi à « un jardin auquel il faut planter toujours quelque chose vertueuse » pour empêcher les mauvaises herbes d’y pousser. Celles-ci ont des noms forts divers : orgueil, égoïsme, paresse, volonté de puissance… Nous avons à les déraciner pour empêcher qu’elles n’étouffent en nous l’appel à la sainteté que le Seigneur nous adresse chaque jour.

Dom Michel nous invite à avoir une âme de pauvre (Mt 5,3), et accepter de dépendre de Dieu et de tout recevoir de lui. « Il faut renouveler votre mémoire par un souvenir continuel de la présence de Dieu et de ses bienfaits, de la multitude et de la grièveté de vos péchés, et des perfections du Créateur qui doivent nous le rendre également aimable et adorable. Il faut aussi renouveler votre entendement par la connaissance des choses célestes, et vous devez vous servir pour cela d’une méditation assidue de la loi divine et des maximes de l’Évangile ».

La disponibilité sans réserve de Dom Michel au service de Dieu et de l’Eglise, son humilité, sa charité, sa confiance absolue en Dieu au milieu des difficultés, expliquent sa renommée de sainteté et la vénération qui n’a jamais cessé de l’entourer.

P. Hervé Queinnec

 


Publié dans Eglise en Finistère n°278, 20 juillet 2017, p. 20-21.