Le père Vincent L’Hénoret et les Martyrs du Laos bientôt béatifiés

Le pape François a autorisé vendredi 5 juin 2015 la reconnaissance du martyre des prêtres, religieux et laïcs de l’Église du Laos tués entre 1954 et 1970. Le Père Vincent L’Hénoret, originaire de Pont-l’Abbé, figure parmi eux. La date et le lieu de la célébration de béatification ne sont pas encore connus.

L’Église qui est au Laos n’ayant, à ce jour, aucun saint ni bienheureux autochtone, les quatre évêques du Laos ont voulu présenter à leurs fidèles dix-sept figures de catholiques exemplaires morts martyrs entre 1954 et 1970.

Parmi eux plusieurs prêtres membres des Missions Étrangères de Paris (m.e.p.) et de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (o.m.i.) originaires de l’Ouest, dont le père Vincent L’Hénoret o.m.i, né à Pont-l’Abbé le 12 mars 1921 et mort pour la foi le 11 mai 1961 à Ban Ban. 


De Pont-l’Abbé au Laos

Vincent LHénoret omiIssu d’une famille profondément catholique de quatorze enfants, Vincent L’Hénoret fit son école primaire au Collège Saint-Gabriel de Pont-l’Abbé puis ses études secondaires au juniorat des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée à Pontmain (Mayenne). Après son noviciat, toujours à Pontmain, il fit ses études de philosophie et de théologie au scolasticat de La Brosse-Montceaux en Seine-et-Marne. Ordonné prêtre le 7 juillet 1946, il est envoyé au Laos en août 1947.

Il a alors vingt-six ans. Son premier séjour se passe dans le secteur de Paksane au bord du Mékong : d’abord à Kengsadok pour apprendre la langue et les coutumes du pays, puis à Nong Bua et ensuite à Paksane même. Deux témoins, qui à l’époque étaient des enfants, se souviennent de lui : « Il savait construire : il a préparé l’église et changé beaucoup de chose, il faisait les travaux manuels. C’était un homme de foi, généreux… Il lisait, il priant beaucoup ; il se rendait d’ici à Paksane à cheval en lisant son bréviaire, en priant. »

En novembre 1957, il est envoyé dans les montagnes du nord du Laos, à Ban Ban (aujourd’hui Muang Kham). Le travail missionnaire n’y était pas facile, en raison des aléas de la guerre civile. Il y avait beaucoup à faire pour aider les familles. 


Portrait d’un missionnaire

Ses confrères notent que « Vincent était proche des gens ». Le père Jean-Marie Ollivier ajoute : « Il était bon religieux et très fraternels en communauté. » Son évêque, Mgr Etienne Loosdregt, omi, dira de lui : « Le P. Vincent était l’un des pères qui parlait le mieux le laotien courant. Il n’était pas un intellectuel brillant, mais il a travaillé beaucoup et il y est arrivé. Je l’ai moi-même vu se lever à quatre heures du matin pour préparer sa classe de catéchisme lorsqu’il était à Nong Veng. Si nous lui avons confié Ban Ban, coin difficile et destiné à devenir centre de district, c’est qu’il avait toute notre confiance ».

Un de ses paroissiens raconte : « Quand il est arrivé jusqu’à nous, il a trouvé des difficultés ; il était loin du bien être. Il a du nous enseigner beaucoup de choses ; il nous a aidés à connaitre le bon Dieu ; il nous a fait observer les vertus ; toujours il était là pour nous guérir. Il nous a fait éviter des péchés, il nous donnait la grâce de Dieu. Il cherchait à nous aider dans la vie. Il aidait les élèves ; certains étudient pour être prêtres, d’autres pour être catéchistes. Il nous aidait à chercher à manger ; il a fait en sorte que beaucoup ont du savoir… »


Prêt à donner sa vie

Dans les derniers mois de l’année 1960, les communistes du Pathet Lao étendirent leur emprise sur toute la région de Ban Ban. Le système communiste se mit en place avec son rythme de réunionsVincent LHénoret omi 03 d’endoctrinement et ses entraves à la libre circulation des personnes. Pour aller dans les villages qu’il desservait, le père L’Hénoret devait chaque fois se munir du laissez-passer prescrit par les nouvelles autorités.

Le mercredi 10 mai 1961, le père L’Hénoret obtint un laissez-passer pour aller célébrer la messe au village de Ban Na Thoum, un village distant de sept kilomètres. Le lendemain, jeudi de l’Ascension, on le vit partir de Ban Na Thoum à bicyclette à 7 heures, comme il l’avait annoncé à ses paroissiens. Peu après, entre Ban Na Thoum et Ban Faï, il fut arrêté par trois hommes portant l’uniforme de la guérilla. Une paysage qui travaillait dans son champ fut témoin de la première partie de la scène : le Père sorti un papier, le laissez-passer sans aucun doute. Cela sembla satisfaire les militaires, car le père L’Hénoret enfourcha de nouveau son vélo et reprit la route. La paysanne ne vit pas la suite, mais elle entendit peu après des coups de feu ; elle n’y prêta pas attention, car c’était devenu banal. Toutefois, en rentrant au village, elle découvrit le corps du père L’Hénoret à peine dissimulé dans une tranchée.

Jamais aucune explication ne fut donnée pour cet assassinat. Mais pour les témoins qui vivaient sur place à cette époque, il n’y a aucun doute. C’est bien le prêtre que l’on a voulu éliminer. Pour le père Jean-Baptiste Khamphanh, jeune confrère laotien du père L’Hénoret, celui-ci a trouvé la mort de cette façon parce qu’il était prêtre catholique. C’est bien lui que l’on guettait, c’est à lui que l’on a tendu un guet-apens.

Cela est confirmé par Mgr Louis-Marie Ling, évêque de Paksé, qui a connu personnellement le père L’Hénoret et qui connait bien la région de Ban Ban : « Je crois qu’il a été tué en haine de la religion et, spécialement, de la religion catholique. » Le père Jean-Marie Ollivier, qui était très proche de lui, témoigne : « Il a voulu rester avec ses chrétiens, fidèle à son poste jusqu’au bout malgré la présence de l’ennemi. Et c’est ainsi qu’il est mort, dans l’accomplissement de son travail de prêtre… »

Sœur Jeanne-Vincent, laotienne, qui eut le père L’Hénoret comme directeur spirituel, ajoute : « Le Père Vincent était un homme profondément bon. Son dernier sermon, à la messe du soir à Na Thoum, a marqué les gens : il l’a entièrement consacré à la mort. Il disait qu’il faut être toujours prêt, car le Seigneur vient comme un voleur… Il est mort sur la route, le lendemain entre 7 et 8 heures du matin. Deux ou trois militaires lui ont demandé son laissez-passer. Tout était en règle. Il est remonté à bicyclette. C’est alors qu’ils ont tiré sur lui. Il est tombé en criant « Ohh ! » Il n’était pas mort, il a épongé son sang. Alors ils sont revenus pour tirer à nouveau sur lui… Je suis certaine que le Père Vincent a donné sa vie, il s’est donné lui-même entièrement. Il aimait vraiment les gens. »


Un procès de béatification en cours

La procédure habituelle veut que ce soit l’Église locale concernée qui instruise le procès de canonisation de l’un ou de plusieurs de ses fidèles. Un procès qui demande la constitution d’un tribunal ecclésiastique et de différentes commissions – commission historique, commission chargée de rechercher les documents… L’Église présente au Laos étant peu fournie en prêtres et en personnel capables de mener à bien une telle tâche, c’est le diocèse de Nantes, d’où est originaire le père Jean-Baptiste Malo, prêtre des Missions Étrangères de Paris, mort en 1954, qui s’est chargé du travail, sachant que Rome avait demandé aux Oblats de fournir un postulateur, en la personne du père Jacques Roland.

Le Tribunal de Nantes a officié sous la présidence de Mgr Jacques Fihey, évêque émérite de Coutances et Avranches, retiré dans son diocèse d’origine. À la fin des travaux du Tribunal et des différentes commissions prévus, le procès informatif diocésain a été clôturé le 27 février 2010 et le dossier des « martyrs  » du Laos, dont celui du père L’Hénoret, envoyé à Rome qui statuera. Le 20 septembre 2010, à Rome, à la chancellerie de la Congrégation pour les Causes des saints, a été célébrée l’ouverture officielle de la Cause des martyrs du Laos.


Martyrs du Laos : clôture du procès romain

Le dossier des « martyrs » du Laos, dont celui du père L’Hénoret, a été soigneusement étudié et examiné à la Congrégation pour les Causes des saints entre 2010 et 2015. Le postulateur de la cause a justifié dans sa Positio l’héroïcité des vertus c’est-à-dire la sainteté de vie des « serviteurs de Dieu », et démontré qu’ils avaient bien été assassinés, exécutés ou étaient morts d’épuisement par haine de la foi chrétienne, dans le contexte de la guérilla communiste du Pathet Lao qui était déterminée à éliminer du Laos tout ce qui était étranger et chrétien.
Tous payèrent ainsi de leur vie leur engagement à la suite de l’Evangile et leur décision de rester sur place malgré les lourdes menaces qui pesaient sur eux.
 
Les théologiens consulteurs de la Congrégation ayant donné un avis favorable, la cause a été soumise à la “congrégation” des cardinaux et évêques qui s’est prononcée le 2 juin 2015 en faveur de la reconnaissance du martyr. Le cardinal Angelo Amato, préfet de la Congrégation des causes des saints, a alors soumis la cause au pape François qui l’a autorisé le 5 juin 2015 à publier des décrets reconnaissant le martyr, ouvrant ainsi la voie à la prochaine béatification du P. Joseph Thao Tien, laotien, et des 14 autres religieux et laïcs assassinés au Laos, dont le P. Vincent L’Hénoret.
 
Trois étaient Laotiens, d’autres missionnaires étrangers, Oblats de Marie Immaculée pour les uns, des Missions Étrangères de Paris pour les autres. Le prêtre laotien Joseph Tien (1918-1954) est considéré comme le premier martyr laotien ; figurent aussi parmi ces martyrs reconnus le catéchiste thaïlandais Joseph Outhay (1933-1961), le catéchiste laotien Luc Sy (1938-1970) et les laïcs laotiens Thomas Khampheuane (1952-1968) et Maisam Pho Inpeng (1934-1970).
Les dix missionnaires français reconnus martyrs sont cinq prêtres des OMI - Vincent L’Hénoret (1921-1961), Louis Leroy (1923-1961), Michel Coquelet (1931-1961), Jean Wauthier (1926-1967), et Joseph Boissel (1909-1969), et cinq prêtres des Missions étrangères de Paris - Jean-Baptiste Malo (1899-1954), René Dubroux (1914-1959), Noël Tenaud (1904-1961), Marcel Denis (1919-1961) et Lucien Galan (1921-1968).
A ces 15 martyrs du Laos, dont le procès informatif diocésain s’est tenu à Nantes, il faut ajouter le missionnaire italien OMI Mario Borzaga est son catéchiste hmong, Paul Thoj Xyooj, tués eux aussi en haine de la foi au Laos en 1960. Leur procès diocésain, instruit en Italie, a également abouti : le décret les concernant a été signé par le pape François le 6 mai 2015.

Prière pour demander la béatification :

Seigneur notre Dieu, 
Tu as donné au père Joseph Tiên et à ses compagnons, laïcs, catéchistes et missionnaires, 
Le courage de transmettre la foi chrétienne en toutes circonstances. 
Ils ont obéi avec une fidélité inébranlable, 
Aux consignes reçues du successeur de Pierre. 
Ils ont aimé les pauvres, les malades et les petits au risque de leur vie.
Afin que naisse et grandisse au Laos 
Un peuple de croyants joyeux dans l’adversité, 
Ils ont voulu donner leur vie en union avec celle de Jésus, 
Offerte pour nous sur la croix.
Nous voulons suivre et faire connaître aux jeunes générations 
L’exemple qu’ils nous ont laissé. 
Nous t’en prions, Seigneur : puisse l’authenticité de leur vocation à la sainteté et au martyr être bientôt reconnue.
Et par leur intercession, accorde-nous ta grâce que nous te demandons maintenant avec confiance.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

 Publié le 15 septembre 2014 dans : Les Témoins de la Foi (mis à jour en juin 2015)