16 décembre 2018 – 3ème dimanche de l’Avent – C – Pardon de Saint-Corentin – Cathédrale Saint-Corentin (Quimper)

 So 3, 14-18a ;Ps Is 12 ;Ph 4, 4-7 ;Lc 3, 10-18

Chers Amis,

Les textes de ce troisième dimanche de l’Avent nous appellent à la joie de façon très belle… et aussi de façon très insistante : « Soyez toujours dans la joie du Seigneur ». Mais comment pouvons-nous recevoir cet appel ? La joie ne se commande pas, et le contexte actuel nous pousserait plutôt à la déprime.

Quand nous regardons ce qui se passe dans notre pays depuis plusieurs semaines avec la révolte des gilets jaunes qui révèle un malaise profond, mais aussi ce nouvel attentat à Strasbourg, et plus globalement les tensions dans notre monde avec des conflits qui provoquent de grandes migrations, sans parler du réchauffement climatique que les nations ont tant de difficultés à juguler.
Alors comment dans ce contexte le Seigneur peut-il nous faire « crier de joie » et même « bondir de joie » comme nous l’annonce le prophète Sophonie ? De fait, la joie qu’il annonce ne peut être que d’un autre ordre.
La joie de Dieu n’est pas clinquante, elle puise sa force dans les profondeurs de notre foi, de notre espérance et de notre charité. Elle nous aide à surmonter les difficultés de la vie. Elle nous fait voir la vie autrement. Non pas la vie en rose de façon naïve et superficielle. Elle nous aide à savoir discerner et reconnaître qu’un monde nouveau est en train de naître au cœur d’une création « qui vit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore », dit Saint-Paul.
Ce monde nouveau, qui est en gestation, trouvera son accomplissement dans l’Avènement glorieux du Christ à la fin des temps. Un Avènement dont nous pouvons déjà faire l’expérience heureuse en accueillant le Christ dans notre vie personnelle et communautaire.

C’est cette Bonne Nouvelle que Jean le Baptiste est venu annoncer, mais en décalage, il faut le reconnaître, avec ce que les gens attendaient. Car « le peuple était en attente », mais ce qu’ils attendaient, c’était un Messie qui les délivrerait de tous les malheurs de ce monde. Or, la venue du Christ apporte bien davantage… mais autrement.
C’est ce que Jean-Baptiste dit à la foule : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. (…) Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » La venue du Christ vient nous purifier de tout ce qui nous retient encore loin de Dieu. Comme le dit le prophète Sophonie : « Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour. » Un feu qui donne de la joie, mais qui vient aussi nous purifier du mal pour nous guider vers la Vérité tout entière.
Mais alors, « que devons-nous faire » pour avoir cette joie-là ?
C’est la question que la foule adresse à Jean-Baptiste. Ce dernier ne leur demande pas des choses extraordinaires. Ce sont même des exigences très simples, humanistes. À tous il demande la solidarité avec ceux qui manquent de tout. Il n’y a pas besoin d’être croyant pour accomplir cela.
Aux publicains et aux soldats, qui étaient pourtant des métiers très mal vus par les Juifs sous l’occupation romaine, il ne leur demande même pas d’abandonner leur métier, mais d’agir avec justice et respect, sans profiter de leur position pour s’enrichir personnellement.

Le Christ ne peut pas venir en celui qui commet le mal. La mission de Jean-Baptiste a été clairement d’appeler le peuple à la conversion sans laquelle l’accueil du Christ n’était pas possible. Cette question, nous devons nous la poser nous-même et nous la reposer sans cesse : « Que devons-nous faire ? » Que devons-nous faire pour que « la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, garde (nos) cœurs et (nos) pensées dans le Christ Jésus » ? Que devons-nous faire pour que nous soyons habités par la joie qui vient de Dieu ? Pour que nous soyons capables de répandre le feu de son amour.
Nous avons tous à vivre la solidarité avec ceux qui manquent de tout, c’est évident, même si ce n’est pas si simple à mettre en œuvre, mais chacun aussi doit s’interroger de façon particulière, comme les publicains et les soldats de l’Évangile, sur ce que son état de vie, sa profession, ses engagements, exigent en plus de lui. Qu’est-ce que le Seigneur attend de moi dans les responsabilités qui me sont confiées actuellement ? Qu’est-ce qui, en moi, fait encore obstacle à sa venue ?

Le Temps de l’Avent est un moment favorable pour que le feu de l’amour du Christ vienne nous purifier. Et le Seigneur nous en donne les moyens, par le baptême d’abord puis par le sacrement de pénitence et de réconciliation. Je regrette que, dans le diocèse, beaucoup aient délaissé la confession individuelle. Or justement la rencontre personnelle avec le prêtre nous aide à voir clair et à pouvoir répondre à la question de ce que nous devons faire. À raviver en nous son feu divin.
Le sacrement du pardon n’est pas une séance de torture mais un don de Dieu qui nous libère de tout ce qui nous retient encore loin du Seigneur. J’ai vu des personnes bondir de joie en sortant de la confession. C’est un sacrement, c’est-à-dire que Dieu agit en nous réellement pour nous libérer, pour nous sauver.
Nous désirons tous être habité par la joie du Seigneur. Cette joie qui nous permet de tenir bon dans les tempêtes de ce monde. Cette joie est un don de Dieu, elle demande de notre part un changement de comportement, mais elle est aussi à demander à Dieu dans la prière comme nous y invite Saint-Paul : « Ne soyez inquiet de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. »

Enfin, cette joie de Dieu n’est pas seulement une affaire personnelle, voire individuelle. La joie de Dieu est contagieuse, elle se partage. Je rencontre aujourd’hui beaucoup de gens déprimés, voire désespérés, même parmi les chrétiens. Ils en deviennent blessés, donc méchants, comme nous pouvons le constater quand ils s’épanchent sur les réseaux sociaux, ou pire dans des actes violents. Ce n’est pas cela que le Seigneur attend de nous.

Comme nous le disait le pape François : « Quand la vie intérieure se ferme sur ses propres intérêts, il n’y a plus de place pour les autres, les pauvres n’entrent plus, on n’écoute plus la voix de Dieu, on ne jouit plus de la douce joie de son amour, l’enthousiasme de faire le bien ne palpite plus.1 »
Nous avons donc à nous aider mutuellement à renouveler notre foi, notre espérance et notre charité, source de la vraie joie qui transfigure nos rapports humains. Une joie qui doit rayonner auprès de tous ceux que nous côtoyons chaque jour pour faire grandir une vraie fraternité. Rien ne changera en ce monde si nous ne changeons pas nous-mêmes.

Le temps de l’Avent est un temps favorable pour nous convertir et accueillir le Christ, Sauveur du monde, joie et lumière dans nos ténèbres. C’est cela la vraie joie de Noël à laquelle nous aspirons plus que jamais. AMEN.


Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon


1 Evangelii Gaudium n°2.