28 octobre 2018 – 30ème TO – Confirmation Saint-Paul Aurélien du Haut Léon – Saint-Pol de Léon

Jr 31, 7-9 ; Ps 125 ; He 5, 1-6 ; Lc 4, 16-22a

Chers Amis,

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » ainsi que nous le dit Jésus dans le passage d’Évangile. Nous pourrions le dire également aujourd’hui, car ce passage de l’Écriture s’accomplit encore pour nous : cette Consécration que Jésus a reçue du Père, vous allez la recevoir vous aussi, les confirmands, par le sacrement de la Confirmation avec deux signes très marquants : l’imposition des mains et l’onction d’Huile Sainte, le Saint-Chrême. D’ailleurs, je dirai dans la prière de Confirmation : « recevez en plénitude l’Esprit qui reposait sur ton Fils Jésus ». Bien entendu, l’Esprit saint, ce n’est pas seulement aujourd’hui que vous l’avez reçu, puisque dans toute votre préparation, depuis votre baptême, l’Esprit saint vous est donné ! Vous ne pourriez même pas avoir la foi et prier si l’Esprit saint n’était pas déjà dans votre cœur ! Mais, là, vous allez le recevoir en plénitude. La plénitude, c’est ce qui permet à un baptisé, d’être pleinement uni au Christ.

En lisant les lettres que vous m’avez adressées pour me demander le sacrement, j’ai retenu deux questions : « À quoi cela va me servir ? » et « Qu’est-ce-que cela va changer en moi ? » Dans la suite de ces questions, vous essayez, bien entendu, de donner des réponses, mais je souhaite les reprendre car elles me semblent très importantes.

« À quoi cela va me servir ? »

Dans l’Évangile, Jésus lit le passage du prophète Isaïe : « le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, (…) porter aux captifs la libération, (…) la vue aux aveugles… ». Il ne s’agit pas seulement d’une pauvreté matérielle, ni physique. Lorsque nous pensons aux captifs, nous pensons habituellement à ceux qui sont emprisonnés ; quand nous pensons aux aveugles, à ceux qui ont perdu la vue.

Cependant, cette pauvreté humaine est plus large et peut toucher n’importe lequel d’entre nous y compris les jeunes. Je citerai par exemple, le manque d’espérance : manque de perspective pour l’avenir ; le manque de courage : avec les nombreuses difficultés à surmonter ; la solitude, que l’on peut éprouver à tel ou tel moment de sa vie ; ceux qui sont blessés par la vie : au travers de problèmes familiaux difficilement surmontables ; les problèmes de santé, les problèmes d’addiction ; ceux qui vivent des deuils, qui ont perdu un être cher et sont déboussolés. Certains d’entre vous, et je l’ai bien noté dans leur lettre, ont été profondément touchés par un deuil familial, et certains, il est vrai, perde un peu la foi à cette occasion.
« Le Seigneur m’a envoyé » nous dit Jésus. Il nous envoie, il vous envoie, vous les confirmands ! Autrement dit, il nous fait confiance. Il compte sur nous. Il nous donne la force de son Esprit, mais aussi la lumière de la foi, de l’espérance et de la charité. Ce sont les vertus théologales. Le don de Dieu qui nous est donné et qui nous met en profonde communion avec le Seigneur. Ainsi, pour nous, il ne s’agit pas simplement de manifester aux autres une proximité humaine, c’est Dieu lui-même qui agit en nous et par nous !

Il nous envoie porter la Bonne Nouvelle ! Dieu a entendu les cris de son peuple. Il a entendu les prières de son peuple. Il est venu lui-même en la personne de Jésus. Il a partagé ce que nous vivons de joyeux, mais également nos épreuves. Il est passé par la souffrance et par la mort avant de ressusciter. Si nous mettons en lui notre foi, il nous délivre du mal. Il nous fait participer à sa vie, et il nous promet que nous vivrons pour toujours avec lui, même au-delà de notre mort.

Voilà la Bonne Nouvelle que nous avons à partager et que le pape François résume dans cette phrase : « Jésus-Christ t’aime, il a donné sa vie pour te sauver, et maintenant il est vivant à tes côtés chaque jour pour t’éclairer, pour te fortifier, pour te libérer. » (Evangelii Gaudium n°164).

Voilà ce que signifie : Être envoyé pour porter la Bonne Nouvelle. C’est apporter autour de nous du réconfort, de l’amitié, mais aussi de l’espérance dans un monde qui en a tant besoin ! Cela permet de donner aux gens une perspective, un sens à sa vie. Par la foi, nous sommes déjà en communion avec Dieu, et pour toujours, car le Seigneur a vaincu la mort !

Dans vos lettres, vous avez exprimé aussi qu’il n’était « pas facile d’être chrétien dans la société actuelle ». Vous avez raison. Je dirai même qu’au sein de vos collèges et de vos lycées, vous êtes sans doute très isolés comme chrétiens, mais il ne faut pas voir pour autant de l’hostilité partout. Parfois, ils ne savent pas mais ils ne sont pas contre. Parfois ils sont contre car ils ont entendu des choses fausses.

Premièrement, il ne faut pas avoir peur, ni honte, de dire que vous êtes chrétiens. Dans un autre passage d’Évangile, Jésus dit : « quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tous en face des anges de Dieu. » (Lc 12, 8-12). Il est vrai que ce n’est pas toujours simple de dire que l’on est chrétien car les autres peuvent se moquer de nous, mais, lorsque nous parvenons à témoigner de notre foi, nous savons que l’Esprit Saint nous en donne la force, et que, même si les autres se moquent, il y a quelqu’un qui travaille dans le cœur des personnes.

La deuxième chose, c’est de témoigner de votre joie de croire, et de répondre aux questions que cette joie suscite. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à des personnes qui n’ont pas la foi, ou qui sont indifférentes, mais il y a néanmoins de la curiosité, et souvent beaucoup de questions qui vous sont posées. Vous-mêmes, vous avez eu des questions de personnes proches qui vous ont interrogé sur votre foi. Il faut être capable d’expliciter sa foi, de dire pourquoi nous croyons, et qu’est-ce-que nous croyons. Je rencontre souvent des jeunes et des adultes qui se sont convertis en voyant la joie de croire d’une personne qu’ils ont rencontrée. Tout simplement. Ils ont fait un chemin pour savoir d’où venait cette joie. Ils ont senti qu’elle venait de plus loin.

Alors, « à quoi cela va servir » ? Il est impossible de parler du don de Dieu d’une façon utilitaire, mais vous avez compris que l’Esprit saint nous rend témoins de l’espérance, des témoins pour les autres.

Vous posez aussi cette question : « qu’est-ce-que cela va changer en moi ? »

J’ai retenu, ici aussi, une phrase de l’un d’entre vous : « croire en Dieu ne m’a procuré que du bonheur ». Le don de l’Esprit saint n’est pas magique. C’est un cadeau de Dieu, que nous pouvons accueillir tout au long de notre existence, ou rejeter. Mais, si on l’accueille, il change beaucoup de choses dans notre vie.

Comment pouvons-nous l’accueillir ? Par la prière. Par la méditation de la Parole de Dieu, seul dans sa chambre ou avec d’autres à l’Église (comme les réunions de préparation que vous évoquez dans vos lettres. Vous en avez été marqués, ce qui montre bien qu’il est important de partager avec les autres sa foi : la foi des autres nous fait grandir et la nôtre fait grandir celle des autres. C’est la raison pour laquelle témoigner est si important ! Le Seigneur nous a donné aussi les sacrements pour avancer : l’Eucharistie qui est centrale dans la vie d’un chrétien, mais également le sacrement du Pardon. Il nous a donné les moyens de pouvoir être vraiment témoins de sa présence.

Cela change beaucoup de choses car l’Esprit saint nous fait voir la vie sous un nouveau jour, de façon plus positive. Cela n’enlève évidemment pas les problèmes, les épreuves, les deuils, qui sont les défis de notre vie humaine, mais nous ne les abordons pas de la même manière quand on est croyant et que l’on nourrit sa foi ! Notre manière de surmonter les épreuves est différente.

Le Seigneur, par son Esprit, nous aide à discerner ce qui est le plus important, à regarder les autres autrement : nous passons sur de petits différends, nous avons la force de pardonner aux autres. Cela nous permet de renforcer les liens que nous avons avec les autres. Notre amour pour les autres en est grandi. La qualité de nos relations en est changée. Or, dans l’existence humaine, il n’y a rien de plus important ! Ces relations sont le cœur de notre existence. Si le Seigneur change notre relation aux autres, il change l’essentiel dans notre vie !

Oui, « croire en Dieu ne m’a procuré que du bonheur » comme vous le dites. Nous sommes nombreux ici à pouvoir le dire ! La foi a changé vraiment quelque chose dans notre existence. C’est pourquoi, nous sommes très heureux nous, prêtres, animateurs, parents, parrains, marraines, grands-parents, tous les membres de vos familles, et les paroissiens, que vous ayez accepté de recevoir ce don de Dieu dans la Confirmation. Soyez de ceux qui, dans la communauté chrétienne, vont nous aider à découvrir cette joie de croire et renforcer notre foi. AMEN.

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon