9 septembre 2018 – 23ème dimanche TO – B - Pardon de Notre-Dame de Kerdevot – Ergué-Gabéric – Célébration mariale

Lc, 1, 26-38

Frères et Sœurs,

Cette chapelle de Notre-Dame de Kerdevot a été construite pour remercier la Vierge Marie d’avoir permis, par sa prière, que la peste qui sévissait à Elliant, où elle avait anéanti la population, ne se propage à Ergué-Gabéric. Nous étions au milieu du 14ème siècle. Les habitants de cette région qui nous ont précédés, ont prié la Vierge Marie, l’ont suppliée et ont su lui rendre grâce puisque, depuis le 17ème siècle, un pardon est célébré ici-même chaque année.

Nous avons réussi grâce à Dieu à éliminer dans le monde cette terrible maladie qu’est la peste, mais d’autres maladies tout aussi destructrices existent toujours dans le monde. Elles peuvent revêtir d’autres formes que la maladie, je veux parler de la drogue, de la violence, des guerres, des idéologies qui cultivent une culture de mort, et, nous en prenons conscience de plus en plus, de l’insouciance et de l’irresponsabilité face au défi de notre planète qui se dégrade.
La Vierge Marie ne cesse pas de prier pour nous et de nous soutenir dans tous ces défis que notre humanité doit surmonter, et qui vont de notre vie personnelle ou familiale, dans laquelle tout n’est pas simple, aux grands enjeux de notre vie en société et de l’humanité tout entière qui « gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore… » (Rm 8, 22) dit saint Paul.
Le récit de l’Annonciation nous révèle la Miséricorde infinie du Seigneur qui ne nous oublie pas, loin de là, et qui, par Marie, nous a envoyé Jésus, le Sauveur des hommes. Jésus qui, après être passé lui-même par l’injustice, la souffrance et la mort, nous fait entrer dès à présent dans une vie éternelle où la mort n’aura plus sa place. La première parole de l’ange Gabriel est : « Sois sans crainte, Marie, le Seigneur est avec toi. » C’est une invitation à la confiance et à la foi que nous pouvons accueillir aujourd’hui.
Devant tout ce qui se passe, nous n’avons pas à avoir peur puisque le Seigneur est avec nous, mais nous avons en revanche à nous mettre à la disposition du Seigneur pour que ce soit sa volonté qui se fasse et non la nôtre, car Dieu seul sait comment sauver cette humanité : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. » dit la Vierge Marie.

En ce qui nous concerne, nous pouvons évoquer certaines nouvelles pestes que nous devons surmonter aujourd’hui :

La peur de l’avenir, autrement dit le manque d’Espérance : quand on est jeune, on a l’avenir devant soi. C’est une période merveilleuse où tout paraît possible, où on a soif de s’engager, même pour des choses difficiles. Pourtant, aujourd’hui, beaucoup de jeunes ont peur de s’engager dans la durée face à un monde où les repères sont brouillés. Où il paraît de plus en plus difficile d’avoir une situation suffisamment sûre, sur le plan professionnel notamment, pour construire une famille. Je veux parler en particulier de la peur de se marier et de fonder une famille qui touche beaucoup de jeunes, mais nous pourrions en dire autant de la peur de s’engager dans la vie sacerdotale ou religieuse. Pourra-t-on tenir notre engagement dans la durée ? C’est la question que beaucoup se posent !
Nous pouvons invoquer Notre-Dame de Kerdevot en ce jour qui lui est consacré, pour qu’elle redonne aux jeunes, mais aussi à nous tous, la confiance en l’avenir. Malgré les difficultés de l’existence humaine, la vie est belle et passionnante lorsqu’on se met, comme Marie, à l’écoute du Seigneur et de sa Parole. Quand on se rend disponible et que l’on s’engage résolument à donner sa vie par amour. C’est la joie qui triomphe alors. Une joie profonde qui nous fait surmonter bien des obstacles.

Une autre peste est menaçante, c’est une conception de la sexualité tellement libérée qu’elle provoque depuis des années des blessures profondes chez beaucoup de gens et brise des familles. Elle commence par le manque de respect vis-à-vis de son propre corps. On ne peut pas dire, comme on l’entend souvent comme un slogan : « Je fais ce que je veux de mon corps. » Saint Paul, au contraire, nous dit : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit saint, lui qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car vous avez été achetés à grand prix. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps. » (1 Co 6, 19-20)
Ce respect, il est aussi à vivre à l’égard du corps des autres et notamment des plus fragiles. Comme vous le savez, il y a eu des dérives à l’intérieur même de l’Église. La Presse ne manque pas de s’en faire l’écho, en passant sous silence, malheureusement, ce qui se passe dans l’ensemble de la société. Je pense par exemple à la pornographie par Internet auquel les enfants ont accès, sans oublier les nombreuses dérives qui se produisent au sein même des familles, dans les clubs sportifs, dans les établissements scolaires.

Depuis plusieurs années, en France, les Évêques mettent en place des moyens pour éradiquer « cette culture de mort » et collaborer avec la justice quand cela doit se faire, mais nous devons tous redoubler d’efforts et de vigilance. C’est une vraie peste de la société qui est venue aussi contaminer dans l’Église certains prêtres ou éducateurs chargés pourtant d’aider leurs semblables à choisir la vie.
Comme nous le dit le Pape François dans sa la lettre au Peuple de Dieu : « Considérant l’avenir, rien ne doit être négligé pour promouvoir une culture capable non seulement de faire en sorte que de telles situations ne se reproduisent pas mais encore que celles-ci ne puissent trouver de terrains propices pour être dissimulées et perpétuées. »
Ce ne sont pas seulement les Évêques, mais tous les baptisés qui doivent se mobiliser pour que le corps, le nôtre et celui des autres, soit considéré comme un espace sacré, infiniment respectable et à respecter : « le sanctuaire de l’Esprit saint » comme dit si bien saint Paul.

Une autre peste nous préoccupe beaucoup depuis plusieurs décennies, c’est la dégradation de notre Planète. Cela va dans le même sens que mon point précédent car le respect de la Création passe par le respect des personnes. Comme le souligne le Pape dans son encyclique Laudato Si : « …on ne peut pas analyser le monde seulement en isolant l’un de ses aspects, parce que « le livre de la nature est unique et indivisible » et inclut, entre autres, l’environnement, la vie, la sexualité, la famille et les relations sociales. » (N°6)
Nous savons que nous devons changer notre style de vie, pour ne pas gaspiller les ressources et polluer la nature. La Terre ne nous appartient pas, c’est un don de Dieu. Notre orgueil et notre individualisme faussent notre relation à Dieu, aux autres, et à la nature. Comme le souligne encore le Pape : « …le gaspillage des ressources de la Création commence là où nous ne reconnaissons plus aucune instance au-dessus de nous, mais ne voyons plus que nous-mêmes. » (N°6)
C’est pourquoi nous devons là aussi nous convertir pour ne plus voir la Création comme une ressource à gaspiller, mais comme un don de Dieu, une Nature précieuse à protéger. Nous le ferons en imitant la Vierge Marie dans son humilité, sa disponibilité et son engagement à faire toujours la volonté de Dieu.

Notre-Dame de Kerdevot, vous qui avez mis fin à l’épidémie de peste en ce lieu, priez pour notre conversion. Que nous sachions faire grandir en nous et entre nous le véritable amour qui s’inscrit dans la pudeur, le respect, la protection des plus fragiles, la protection de la vie, la protection de la Nature. Aidez-nous à grandir en sainteté pour que nous soyons des témoins vrais et crédibles de ton amour en ce monde, des témoins lumineux de l’Espérance. AMEN.

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon