8 avril 2018 – 2ème dimanche de Pâques – B – 60 ans de l’église Saint-Louis de Brest

Ac 4, 32-35 ; Ps 117 ; 1 Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31

Frères et Sœurs,

En écoutant l’Évangile de ce jour, ce qui attire d’abord notre attention, c’est le doute de Thomas, et j’y reviendrai. Pourtant, l’acte fort que Jésus accomplit ici, c’est tout de même le don de l’Esprit saint à ses apôtres, et le pouvoir qu’il leur donne de pardonner les péchés en son nom. Acte de miséricorde par excellence !

C’est ce que nous pouvons appeler le pouvoir des clefs qui est donné par Jésus aux apôtres et à leurs successeurs, car le pardon est comme une porte qui ouvre notre cœur à la grâce de l’Esprit saint. Comme le disait saint Pierre le jour de la Pentecôte : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit » Ac 2, 38. L’Esprit saint, qui est source de joie, de paix, de force dans le combat spirituel, de communion avec Dieu et avec nos frères.

D’ailleurs, quand on installe un nouveau curé, on lui remet symboliquement les clefs de l’église dans laquelle de nombreux fidèles viennent puiser à la source de la Parole de Dieu et des sacrements. Comme le Pape Benoit XVI l’avait écrit : « La porte de la foi (cf. Ac 14, 27) qui introduit à la vie de communion avec Dieu et permet l’entrée dans son Église est toujours ouverte pour nous. Il est possible de franchir ce seuil quand la Parole de Dieu est annoncée et que le cœur se laisse modeler par la grâce qui transforme1 ».

Dans cette église, construite il y a 60 ans, de nombreux fidèles sont venus d’année en année. Ils y ont reçu le baptême, ont communié au Corps du Christ, ont été confirmés, ont prié, seuls ou avec d’autres. Des personnes, sans avoir la foi peut-être, ont aussi franchi la porte en quête d’un signe ou simplement pour se recueillir ou participer à une cérémonie à laquelle ils étaient invités. Nous pouvons rendre grâce à Dieu pour l’œuvre de salut que Jésus a accomplie ici dans le cœur de tant de gens.

Je trouve intéressant qu’en cet anniversaire, les textes nous invitent à méditer sur la foi, puisque c’est bien la foi des fidèles qui a été à l’origine de la reconstruction de cette église, les subventions pour dommages de guerre ne suffisent pas ! L’attitude de l’apôtre Thomas nous invite à cette réflexion sur la foi, lui qui a eu tant de mal à croire que Jésus était ressuscité des morts.

Nous entendons souvent des personnes nous dire : « J’ai la foi », « Je suis croyant. », « Je crois qu’il y a quelqu’un au-dessus… », « Je crois qu’il y a quelque chose après (la mort) ». C’est déjà un bon début de dire cela ? et c’est respectable, mais est-ce vraiment la foi chrétienne ?

La foi chrétienne est d’abord la reconnaissance que ce Jésus, qui a été mis à mort sur la croix, a vaincue la mort, et est, désormais, vivant pour toujours. Mais il y a plus que cela : Thomas n’a pas simplement constaté que Jésus était ressuscité des morts. En disant à Jésus « Mon Seigneur et mon Dieu », il a reconnu Jésus comme son Seigneur et désormais, même s’il ne le verra plus avec les yeux, il sera toujours en communion avec Lui jusqu’à sa mort et même au-delà. Il entre en relation avec Lui.

La foi chrétienne ne consiste pas seulement à reconnaître l’existence de Dieu, c’est aussi vivre une vraie relation avec le Christ et, par Lui, avec Dieu le Père. Une relation qui se construit notamment dans la prière, dans la méditation des Écritures, dans les sacrements, dans l’adoration du Saint Sacrement comme vous le vivez ici jour et nuit. Le Temps Pascal est un moment privilégié pour renouveler notre foi et donc notre relation avec le Christ.

Et cette relation avec le Christ a des conséquences dans notre vie. J’en relève trois, qui apparaissent fortement dans les textes du Temps Pascal : L’espérance, le témoignage et la communion fraternelle.

1. L’espérance en notre propre résurrection. Comme Saint-Paul nous le rappelait dans la nuit de Pâques : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. (…) et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui » Rm 6, 8.

L’espérance de vivre pour toujours avec le Christ nous libère de la peur de mourir, et nous ouvre au don de notre vie pour les autres. Le manque d’espérance nous renferme sur nous-même et nous installe dans une tristesse individualiste. L’espérance au contraire est source de joie, de paix et elle nous rend actif.

Nous pouvons avoir des inquiétudes pour l’histoire de notre humanité et pour son avenir. Mais l’espérance nous permet de chasser la peur et de nous engager, avec d’autres, y compris des non-croyants, en vue du bien commun. Et nous avons toujours au fond du cœur, comme un phare dans la nuit, l’attente du Jour béni où le Christ viendra juger les vivants et les morts « et son Règne n’aura pas de fin » nous rappelle le Credo.

2. Nous devons témoigner de notre foi car elle ne peut pas rester privée, secrète. C’est contre sa nature. « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur… » et avec la force de l’Esprit Saint, ils surmonteront leur peur pour témoigner de ce qui les fait vivre. Celui qui a fait l’expérience de la rencontre avec Jésus, ne peut pas la cacher, c’est un feu dévorant, une joie intérieure qui ne demande qu’à se partager.

Mais témoigner ne signifie pas imposer la foi pour autant. On peut annoncer l’Évangile à quelqu’un, mais on ne peut pas le convertir. « Nous avons vu le Seigneur ! » disent les apôtres à Thomas, mais pour que ce dernier arrive à la foi, il devra faire l’expérience personnelle de la rencontre avec le Christ. Il en est de même lorsque nous témoignons de notre foi à ceux que nous rencontrons. C’est l’Esprit Saint qui révèle intérieurement sa présence aux personnes qui sont prêtes à l’accueillir.

Aujourd’hui, j’entends que des chrétiens sont troublés par tous les débats sur la laïcité et préfèrent garder le silence, alors qu’aucune loi française n’interdit à un chrétien de témoigner de sa foi. Personne ne peut imposer aux croyants de réserver l’expression de leur foi à la sphère privée. Cependant, comme Saint-Pierre le dit dans sa première lettre, nous devons toujours rendre compte de l’espérance qui est en nous, mais il ajoute aussitôt, « faites-le avec douceur et respect, et avec une conscience droite » 1 P 3, 15-16. Notre manière de témoigner est aussi importante que son contenu.

3. La foi chrétienne est source de communion fraternelle. Comme nous l’avons entendu dans la première lecture des Actes des Apôtres : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme », et cette communion induit nécessairement le partage avec ceux qui sont dans le besoin même si ce n’est pas de façon aussi idéalisée que dans ce passage des Actes.

Je dois dire que faire grandir la communion est la tâche la plus difficile pour l’Évêque dans son diocèse, comme pour le curé dans sa paroisse, tant les chrétiens sont divers de par leur sensibilité religieuse, leur statut social ou leur choix politique. S’il n’y avait pas notre relation commune avec le Christ, ce serait impossible. C’est Lui qui nous unit en un seul Corps par la force de l’Esprit Saint. Mais nous devons être vigilants car nous risquons toujours de nous laisser gagner par le Malin qui cherche à diviser les fidèles. « Celui qui ne rassemble pas disperse » dit Jésus (Mt 12, 30). Soyons de ceux qui rassemblent dans la communion fraternelle.

En ce 60ème anniversaire de cette église, célébré en ce dimanche de la divine Miséricorde, que notre foi soit toujours plus vivante et engagée, afin que les générations futures qui franchiront un jour les portes de cette église, puissent y puiser toujours les grâces dont le Seigneur veut nous combler. AMEN

Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon


1 Benoit XVI. Motu Proprio Porta Fidei, pour l’ouverture de l’année de la Foi – 11 octobre 2011

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