4ème dimanche de Pâques - 12 mai 2019

Jésus s’est présenté lui-même comme le Bon Pasteur, le berger de ses brebis, et il a confié à Pierre la même mission. Il n’a pas employé un langage sacerdotal pour se qualifier, mais plutôt un langage pastoral et prophétique. Les prêtres de son temps avaient comme mission première le service du culte dans le temple et l’offrande à Dieu des sacrifices. C’est dans l’auteur de l’épître aux Hébreux qui le qualifiera de grand-prêtre : « Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même ». (Hé 7, 24-27)
Jésus a donné comme mission première à ses apôtres non pas d’être les ministres d’un culte mais d’être des pasteurs qui guident et soignent comme lui les membres d’un peuple, celui de Dieu. Au long du chapitre 10 en saint Jean, il souligne la force du lien qui l’unit aux personnes dont il a reçu la charge de la part de son Père, et il dénonce les faux bergers qui oppriment et méprisent « les foules qui ne savent rien de la Loi, et sont des maudits » ! (Jn 7, 49).

Jésus avait dit aux Juifs : « Je suis le Bon Pasteur. »
Il leur dit encore : « Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront,
et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout,
et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »

Jésus se déclare pasteur et ajoute que ce qui l’anime comme son Père, c’est la bonté. Son premier souci est de faire preuve de miséricorde. Il libère et enseigne tous ceux qui viennent à lui, « pris de pitié pour eux, car ils sont comme des brebis qui n’ont pas de berger » (Mc 6,34). Puis il les nourrit des pains multipliés, et se donne lui-même pour eux en nourriture. Il prend soin de toutes ses brebis, les appelle chacune par son nom (Jn 10,4). Contrairement aux prêtres à qui le prophète Ezéchiel faisait des reproches, « il fortifie celle qui est chétive, guérit celle qui est malade, fait un bandage à celle qui a une patte cassée, ramène celle qui s’est égarée, recherche celle qui est perdue ». Il n’exerce pas « son autorité par la violence et l’oppression » (Éz 34,4), mais par la douceur. Lui, le maître et le Seigneur, lave les pieds de ses disciples. (Jn, 13) Il se situe au milieu de tous « à la place de celui qui sert » (Lc 22, 24-27),
Il prend la défense de son troupeau. Il ne se comporte pas en mercenaire indifférent : devant le loup il n’a pas fui et n’a pas abandonné ses brebis. Il va au contraire jusqu’à se dessaisir de sa propre vie pour elles (Jn 10, 11-13). Désormais personne ne pourra les arracher de sa main (v.28). Il a souci de l’unité du troupeau, travaillant sans cesse à le rassembler, à éviter sa dispersion. Il a souci d’autres brebis, qui sont dans d’autres enclos : « celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix et il y aura un seul troupeau et un seul berger." (Jn 10,16)
Il fustige les pasteurs voleurs et brigands : « Ils ne viennent que pour voler, pour tuer et pour perdre : moi je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance." (Jn 10,10) Il ne lie pas de pesants fardeaux sur les épaules des hommes, se refusant lui-même à les remuer du doigt (Mt, 23,4), mais leur offre un fardeau léger. Il prend sur lui leurs souffrances et supporte leurs douleurs (Is 53,4).
Dans le texte de l’Apocalypse, ce dimanche, nous est présentée dans une vision universaliste, une image paradoxale et saisissante de Jésus.

Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense,
que nul ne pouvait dénombrer,
une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues.
Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau,
vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main.
Et ils s’écriaient d’une voix forte :
« Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »
[…] Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux.
Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif,
ni le soleil ni la chaleur ne les accablera,
puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur
pour les conduire aux sources des eaux de la vie.
Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Faisant usage d’une image inattendue, le texte déclare que le Pasteur de l’humanité nouvelle est un agneau. Il est l’Agneau de Dieu qui a versé son sang pour la multitude et il siège auprès du Père de « miséricorde infinie ». Une inversion poétique riche de sens. Le plus élevé, le plus puissant adopte une fragile posture d’abaissement et de service. « Le plus petit d’entre vous tous, c’est celui-là qui est grand » avait-il dit » à ses disciples (Lc 9, 48). Celui qui a reçu de siéger sur le trône divin s’est révélé en victime sacrifiée, considérant sa mission comme une offrande de sa personne. Véritablement, le Christ est digne d’être Pasteur parce qu’il est l’agneau pascal qui a donné sa vie.
Renversement de perspective donc dans le Royaume du Christ, à vivre dans son Église, et aussi pourquoi pas à promouvoir en politique dans notre monde où foisonnent encore la recherche de la grandeur et la tyrannie. Lorsque Jean écrivait l’Apocalypse vers 90, les chrétiens étaient persécutés dans un monde païen où ceux qui exerçaient le pouvoir étaient souvent divinisés et disposaient d’un pouvoir absolu et arbitraire. Les idées et les comportements des chrétiens paraissaient dangereux vis-à-vis de l’ordre inégalitaire établi, des traditions souvent cruelles et injustes à respecter. Prétendre que leur roi était un agneau, un crucifié, ne pouvait paraître que scandaleux et provoquant aux yeux des potentats en leur temps, comme c’est encore le cas dans le nôtre où règnent le despotisme et le cynisme.
Ils prônaient l’égalité de dignité et de droits de tous devant Dieu, la fraternité et la communion entre tous les humains. Ils refusaient d’attribuer à quiconque toute divinité et tout droit divin, fût-il empereur ou chef religieux. A la tyrannie et l’oppression, ils opposaient la douceur et l’esprit de service du Christ.
À la même époque, lorsque Luc écrivait les Actes des Apôtres, les chrétiens étaient persécutés aussi par les juifs. Né d’abord au sein du judaïsme, le christianisme prolongeait les messages des prophètes du premier Testament. Il remettait en cause à la suite de Jésus sa manière d’interpréter la Loi juive et ses traditions. Il dénonçait son enfermement communautariste et revalorisait l’universalité de sa vocation. S’ouvrant à d’autres cultures, et vivant en communautés où se côtoyaient juifs et païens, les chrétiens connaissaient un rejet de plus en plus grand. Ils étaient chassés des synagogues, car leur manière de vivre leur foi était considérée comme dangereuse. Le texte des Actes des apôtres de ce dimanche au chapitre 13 fait écho à cette persécution.

Paul et Barnabé étaient arrivés à Antioche de Pisidie.
Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue.
Une fois l’assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis les suivirent […]
Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla
pour entendre la parole du Seigneur.
Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ;
ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient.
Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance :
« C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu.
Puisque vous la rejetez […] nous nous tournons vers les nations païennes.
C’est le commandement que le Seigneur nous a donné :
J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi,
le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »
En entendant cela, les païens étaient dans la joie
et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; […]

Deux points à retenir des textes de ce dimanche. D’abord le fait que Jésus s’est présenté comme le « bon pasteur » de tous les êtres humains sans exclusive, avec une primauté à l’égard des petits et des pauvres. Comme Dieu son Père il les aimait tous et ne réservait son amour à aucune nation, aucun clan, aucune religion.
Ensuite l’évolution du vocabulaire et des représentations au sein de l’Église. Longtemps on a considéré que l’activité pastorale ne concernait que les ministres ordonnés. Mais les perspectives ont changé. Lors du concile Vatican 2, à la constitution doctrinale sur l’Église (LG), s’est adjointe une constitution pastorale sur « l’Église dans le monde de ce temps » (GS). Le terme « pastoral » a été lié étroitement à la mission d’évangélisation de l’Église dans le monde de ce temps. Il condense et colore en quelque sorte les diverses facettes de sa mission : elle est sacrement du Christ Pasteur et Sauveur dans et pour le monde. Ce terme qualifie les ministres ordonnés mais aussi tous les fidèles, les conseils et les équipes pastorales. Il est employé aujourd’hui à propos de la plupart des activités de l’Église : pastorale liturgique, sacramentelle, de la santé, etc. Toutes ces activités en effet ont à contribuer à l’exercice de la « diaconie » de l’Église « servante » pour une annonce concrète de l’Évangile aujourd’hui.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Jean - Jn 10, 27-30