2ème dimanche de Pâques - 28 avril 2019

Le pape Jean-Paul II en l’an 2000 avait demandé que ce 2e dimanche de Pâques soit appelé le dimanche de la divine miséricorde, en s’inspirant de la prière d’ouverture de la messe qui s’adresse au « Dieu de miséricorde infinie » : « Comme les Apôtres autrefois, écrivait-il, il est nécessaire que l’humanité d’aujourd’hui accueille elle aussi dans le cénacle de l’histoire le Christ ressuscité, qui montre les blessures de sa crucifixion et répète : Paix à vous ! Il faut que l’humanité se laisse atteindre et imprégner par l’Esprit que le Christ ressuscité lui donne. C’est l’Esprit qui guérit les blessures du cœur, abat les barrières qui nous éloignent de Dieu et nous divisent entre nous, qui restitue la joie de l’amour du Père et celle de l’unité fraternelle. »
Trois expériences pascales vécues dans l’Église naissante nous sont présentées par les textes de ce dimanche. D’abord ce qu’ont vécu les disciples de Jésus le soir d’après sa mort.

Les disciples, écrit saint Jean, avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient,
car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés,
ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés,
ils lui seront maintenus. »

Un texte bref et dense. Jésus vient, il est au milieu des disciples. Paralysés par la peur, ils se sont enfermés et ont verrouillé leurs portes. Il leur dit : « Paix à vous » et leur montre les traces de ses blessures de crucifié. Et voilà que ces traces qui pour eux étaient honteuses et signifiaient la ruine de leurs espoirs, guérissent les blessures de leur cœur et les remplissent soudain de joie. Elles attestent pour eux jusqu’où était allé la miséricorde de Dieu en la mort de son Fils. Jésus alors leur communique son souffle. Ce souffle de l’Esprit qui avait reposé sur lui et l’avait envoyé accomplir les œuvres de miséricorde de Dieu : libérer, guérir, porter la bonne nouvelle du pardon. Ce souffle, il le transmet à cette petite dizaine d’hommes apeurés. Ils sont détenteurs désormais des clés de la miséricorde de Dieu, et appelés à accomplir les mêmes œuvres de miséricorde que Jésus. Mais deux de leurs amis sont absents. Judas qui a trahi et n’a pas cru au pardon, et Thomas, qui n’a pas digéré la crucifixion de Jésus.

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison,
et Thomas était avec eux. Jésus vient,
alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux.
Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

De nouveau, les blessures de Jésus sont au centre du récit, et au centre de la démarche de foi de Thomas. Celui-ci avait invité ses amis à accompagner Jésus jusqu’à la mort quand Lazare était décédé, et le voilà qui répugne à les rejoindre dans leur foi en Jésus ressuscité. Mais l’incrédulité de Thomas permet à l’évangéliste de réaliser un double objectif : il insiste d’abord sur les marques des blessures du Christ : Jésus ressuscité est bien Jésus crucifié. C’est bien l’élévation du Christ sur la croix qui révèle la divine miséricorde du Père et invite à contempler sa gloire. De plus, saint Jean révèle que la foi retrouvée de Thomas, le disciple incrédule, va au-delà de celle des disciples. En effet, il donne à Jésus le titre le plus grand de tout l’Évangile en lui disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ce qui permet à Jésus de formuler la Béatitude dernière : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ».
Le passage des Actes des Apôtres écrit plusieurs années après la mort de Jésus, offre un tout autre visage de l’Église. Elle vit une nouvelle expérience pascale. Ses portes ne sont plus verrouillées, l’Esprit de Jésus a soufflé sur les croyants, et aussi les croyantes – Luc ne manque pas souligner leur conversion – et leur groupe s’agrandit. La puissance de Dieu se révèle comme une puissance de vie, de communion et une puissance de guérison.

À Jérusalem, par les mains des Apôtres,
beaucoup de signes et de prodiges se réalisaient dans le peuple.
Tous les croyants, d’un seul cœur, se tenaient sous la colonnade de Salomon.
Personne d’autre n’osait se joindre à eux ;
cependant tout le peuple faisait leur éloge,
et des hommes et des femmes de plus en plus nombreux
adhéraient au Seigneur par la foi.
On allait jusqu’à sortir les malades sur les places,
en les mettant sur des lits et des brancards:
ainsi, quand Pierre passerait, il toucherait l’un ou l’autre de son ombre.
Et même, une foule venue des villages voisins de Jérusalem
amenait des gens malades
ou tourmentés par des esprits mauvais. Et tous, ils étaient guéris.

La miséricorde active de Dieu agit sur les cœurs et sur les corps. Dieu agit par les mains des Apôtres. La description de ces foules qui viennent, des malades et possédés qu’on amène là pour qu’ils soient guéris, évoque les débuts du ministère de Jésus. Les signes du salut, les œuvres de miséricorde sont les mêmes ; c’est le recul de toutes les forces de mort, la libération des puissances de vie. La puissance du salut se manifeste pour ainsi dire de façon plus merveilleuse encore qu’au temps du ministère galiléen : " l’ombre " de Pierre suffit pour qu’elle agisse.
Encore une autre Pâque dans le texte de l’Apocalypse. Elle est proche de celle qu’a vécue Jésus, et de ce que vit l’Eglise aujourd’hui. Des communautés chrétiennes sont nées et vivent en terre païenne. Elles ont à mener un double combat.

Moi, Jean, votre frère et compagnon dans la persécution,
la royauté et l’endurance avec Jésus, je me trouvais dans l’île de Patmos
à cause de la parole de Dieu et du témoignage pour Jésus.
C’était le jour du Seigneur ; je fus inspiré par l’Esprit,
et j’entendis derrière moi une voix puissante, […]
Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises :
à Éphèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée. »
« Sois sans crainte. Je suis le Premier et le Dernier,
je suis le Vivant : j’étais mort, mais me voici vivant pour les siècles des siècles,
et je détiens les clés de la mort et du séjour des morts.
Écris donc ce que tu auras vu : ce qui arrive maintenant, et ce qui arrivera ensuite.

    Compagnon et frère des membres des sept Églises, exilé de force peut-être, Jean se présente comme un prophète qui annonce et révèle le triomphe de Dieu malgré le déferlement des forces du mal contre les chrétiens. Le premier combat qu’ils ont à mener est celui de l’endurance dans la persécution. Il les exhorte à tenir ferme, à durer et à endurer, au cœur des souffrances qu’ils subissent. Le second est celui de la résistance spirituelle : il les invitera à ne pas se laisser séduire par les mœurs et les valeurs du monde païen, et à ne pas laisser tiédir en eux le message et la force de l’Évangile.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Jean - Jn 20, 19-31