Dimanche des Rameaux et de la Passion – 14 avril 2019

Surabondance de lectures ce dimanche : celui de l’entrée de Jésus à Jérusalem, celui de son repas avec les Douze et de sa Passion, avec aussi un message de saint Paul.
Contentons-nous de lire quelques passages du récit de la Passion de Jésus en saint Luc. Les paroles de Jésus avant et après son dernier repas ont l’allure d’un testament spirituel. L’évangéliste met en relief la force de l’amour de Jésus pour ses disciples, ainsi que ses sentiments et ses émotions face à sa mort.

Jésus dit aux Douze apôtres :
« J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !
Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai
jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume,
et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Simon, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas.
Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères. »

Beaucoup d’amitié et de tendresse dans les propos de Jésus. « Moi avec vous et pour vous et vous avec moi en mon épreuve ». Le mot « désir » colore ce qui habite le cœur de Jésus avant de souffrir. Sa passion et sa mort, il va les subir injustement. Il ne les vit pas en kamikaze, mais dans un dynamisme de désir profond, de don gratuit de sa personne, d’amour total pour eux et pour l’humanité. Sa Passion et sa mort sont à comprendre comme une victoire de son amour et de celui du Père, comme une résurrection. C’est ce que révèle sa manière de célébrer le repas pascal.

Ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant :
« Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous.

Mais ses compagnons ne semblent pas avoir mesuré le sens et la portée de ces gestes et ces paroles de Jésus. Les passages qui suivent sont surprenants.

Ils en arrivèrent à se quereller :
lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?
Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres,
et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs.
Pour vous, rien de tel !
Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune,
et celui qui commande, la place de celui qui sert.
Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ?
N’est-ce pas celui qui est à table ?
Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert.

Immense et désolant malentendu entre Jésus et les Douze. Ce passage d’Évangile présenté en d’autres contextes par Marc et Matthieu, Luc le place ici, après le récit de la Cène, avant celui de la Passion. Le désir de Jésus est un désir de service et de déprise de lui-même. À l’opposé du sien, le désir des Douze est un désir de domination, un appétit de pouvoir, dans des attitudes de rivalité et de querelles entre eux.

Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales,
avez-vous manqué de quelque chose ? » Ils lui répondirent : « Mais non. »
Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne,
de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée,
qu’il vende son manteau pour en acheter une.
Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture :
Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Le malentendu entre Jésus et ses amis continue jusqu’à la fin du repas. Cette parole finale de Jésus, « c’est assez » reste énigmatique. Veut-il dire « deux épées suffisent », ou « Inutile de poursuivre l’entretien sur un malentendu », comme on dit parfois « ça suffit comme ça » ? Que veulent dire les avertissements qui précèdent ? Jésus avait envoyé les disciples en mission en leur donnant force conseils et recommandations, puis les avait accueillis à leur retour. Ils pouvaient alors compter sur sa présence, sur sa force à lui, sur sa confiance en eux et ses encouragements. Jésus leur annonce que pour lui, l’heure est venue de son départ. Il leur parle de la manière dont il va être jugé, condamné, mis à mort comme un criminel. Tout cela va les secouer et les choquer. Désormais, ils vont se trouver seuls, comme lui, face aux difficultés, appelés à donner de leur personne, à affronter contradictions et persécutions. Où puiser désormais la force de tenir ? Auront-ils le courage de transmettre le flambeau, de repartir en mission ? Il leur parle de la nécessité de s’armer spirituellement pour le combat qui les attend, mais eux semblent ne rien comprendre. Malentendu encore entre eux et Jésus. Naïvement et généreusement, ils lui proposent de prendre des armes pour le défendre. Ces malentendus soulignent combien c’est dans la solitude et l’angoisse qu’il se prépare à affronter son procès et sa mort. Luc évoque de manière très réaliste sa détresse et sa frayeur ; il est le seul à parler de la sueur de Jésus, semblable à des gouttes de sang.

Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait.
Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ;
et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre.

Lorsqu’un de ses disciples dégaine son épée et tranche l’oreille droite du serviteur du grand prêtre, écrit saint Luc, Jésus touche l’oreille de l’homme et le guérit. Son dernier geste de guérison il le fera en faveur de celui qui vient l’arrêter. Luc rapporte que Pilate ne trouve en Jésus aucun motif de condamnation à mort. Il le dit aux chefs des prêtres et à la foule, puis l’envoie chez Hérode qui le tourne en dérision, en présence des chefs des prêtres, des gardes. Il le traite avec mépris et le revêt d’un manteau de couleur éclatante et le renvoie à Pilate. Sarcasmes des princes de ce monde face à un misérable innocent !

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.
Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme
en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple.
Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous,
et, parmi les faits dont vous l’accusez,
je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation.
D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé.
En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort.
Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »

Luc fait clairement apparaître que ce sont les responsables religieux qui veulent la mort de Jésus car il remet en cause l’ordre religieux – et non pas ceux qui détiennent le pouvoir politique. Ceux-ci ne voient en Jésus qu’un pauvre homme sans défense qui ne représente aucun danger pour eux. Hérode voulait voir Jésus, le questionner, mais Jésus qui l’avait qualifié de « renard » est resté muet. Hérode voulait aussi le tuer, avait écrit saint Luc, mais lorsqu’il le voit il le traite avec mépris et dérision. Qu’avait-il à craindre de ce Jésus si pitoyable ? Il le revêt d’un déguisement faussement royal et le renvoie à Pilate. Tous deux, sans doute d’accord pour châtier puis relâcher Jésus, du coup se réconcilient. Mais la foule, menée par les chefs des prêtres et les scribes se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »

Pour la troisième fois, écrit saint Luc, Pilate leur dit :
« Quel mal a donc fait cet homme ?
Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort.
Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ;
et leurs cris s’amplifiaient.

La foule n’est pas toujours présentée de manière négative dans le récit de Luc. Quand Jésus commence son chemin de croix, « Le peuple en grande foule le suivait…, écrit-il » Et plus tard, devant la mort de Jésus, il note que « tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. » Il est le seul aussi à rapporter les paroles adressées par Jésus aux femmes qui étaient ses disciples et ne l’avaient pas renié ou trahi et n’avaient pas déserté. Les femmes disciples de Jésus qui l’ont accompagné depuis la Galilée, resteront présentes jusqu’à sa mise au tombeau par les soins de Joseph d’Arimathie.

Des femmes se frappaient la poitrine, écrit-il, et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi !
Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira :
'Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !'
Alors on dira aux montagnes : 'Tombez sur nous', et aux collines : 'Cachez-nous'.
Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.

La tradition chrétienne a accordé une grande importance aux sept paroles prononcées par Jésus en Croix. Trois d’entre elles ont été transmises par Saint Luc. D’abord une prière adressée à son Père pour qu’il pardonne à tous ceux qui le font mourir : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ainsi, jusqu’au bout, Jésus accomplit lui-même ce qu’il recommandait à ses disciples : il pardonne à ses ennemis. Luc est le seul aussi à rapporter le dialogue entre Jésus et un des deux hommes crucifiés comme lui.

L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ?
Sauve-toi toi-même, et nous avec ! » Mais l’autre lui fit de vifs reproches :
« Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons.
Mais lui, il n’a rien fait de mal. » Et il disait :
« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare :
aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

    Et enfin Luc rapporte à sa manière la dernière parole de Jésus : Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira. Ainsi, jusqu’au dernier moment de sa vie, Jésus est présenté par l’évangéliste en totale communion avec son Père, dans une attitude d’amour et de pardon jusqu’à la fin.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Luc - Lc 22, 14-23, 56