Noël 2018

Il y avait naguère une succession de trois messes la nuit de Noël. Alphonse Daudet, dans son conte « Les trois messes basses », en avait fait une description humoristique. La liturgie de Noël nous propose encore aujourd’hui trois célébrations : celle de la nuit de Noël, celle de l’aurore et celle du jour. Ne sont plus mentionnés dans beaucoup de revues et de missels que les textes de la nuit et ceux du jour. Rien n’empêche, si l’on ne célèbre plus la messe de l’aurore, de lire le texte de la Nativité en saint Luc en entier lors de la veillée. .
La lecture de l’Évangile de la nuit s’est arrêtée au chant des anges dans le ciel, et à leur annonce aux bergers de la naissance d’un sauveur. L’Évangile de l’aurore nous raconte leur visite à l’enfant Jésus et la réaction de Marie. Pour le commenter ainsi que les deux autres textes nous adopterons une attitude spirituelle matinale. Les auteurs des psaumes situent souvent leur prière à l’aurore qui n’est plus la nuit qui s’achève mais n’est pas encore le jour qu’elle annonce. (48, 56, 107, 109, 118 (v 147), 129, 138).

Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel,
ceux-ci se disaient entre eux :
« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé,
l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph,
avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu
pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements.

Vous pensez bien que les anges, par politesse et discrétion, la nuit de Noël, n’avaient pas voulu déranger tous ceux qui dormaient. Ils s’étaient d’abord adressés aux bergers : « Ne craignez pas, voici que je vous annonce une bonne nouvelle, leur avaient-ils dit. » Les anges connaissent bien des secrets. Ils savaient que le Sauveur serait le Berger d’Israël, le berger de l’humanité, le bon Pasteur. Pas étonnant, donc, que les bergers soient les premiers avertis par eux de la naissance du sauveur et les premiers à lui rendre visite dès l’aurore. Mais surprise sans doute chez eux qu’il se révèlerait à eux dans leur voisinage en la personne d’un nouveau-né !
Les bergers sont des veilleurs. Ils ne dorment jamais que d’un œil, car ils craignent les agressions nocturnes des bêtes sauvages. Ils savent soigner et prendre soin. Tous les prophètes en ont parlé. Ils prennent soin de chaque brebis de leur troupeau. Ils les appellent chacune par son nom. Ils fortifient celle qui est chétive, guérissent celle qui est malade, font un bandage à celle qui a une patte cassée, ramènent celle qui s’est égarée, recherchent celle qui est perdue. (Ez 34, 4-5) Ils portent les agneaux sur leur cœur. Eux aussi sont en quelque sorte des sauveurs. Les anges savent donc qu’ils seront heureux de reconnaître en l’enfant qui vient de naître l’agneau de Dieu, le futur Berger et sauveur de l’humanité que Marie porte sur son cœur.
En ce matin de Noël, peut-être certains aussi ne dorment que d’un œil, parce que leur cœur est en éveil, parce qu’ils attendent paisiblement un heureux événement. Ou parce qu’ils sont angoissés à juste titre par les soucis de la vie : le deuil, la maladie, le manque de travail, l’inquiétude pour un proche, l’absence d’un être aimé. Qu’ils accueillent le message des anges de Noël. Qu’ils n’aient pas peur et se réjouissent. Qu’ils contemplent Marie et Joseph face à ce petit enfant en train de naître : ils n’étaient guère rassurés eux non plus. Dieu partage leur inquiétude, et qui plus est, fait des lève-tôt et des travailleurs de nuit les premiers messagers de sa Bonne Nouvelle.
C’est depuis cette nuit de Noël que tous ceux et celles qui ont un cœur de berger, un souci cordial des autres, le souci des plus pauvres, des plus malades, des plus petits, tous ceux et celles qui savent encore les porter comme des agneaux sur leur cœur, sont considérés comme des anges de Dieu, car ils sauvent l’honneur de l’humanité. Ils sont les plus qualifiés pour recevoir mission et charge de pasteurs au milieu de leurs frères, pour servir l’Église et le monde. D’ailleurs les anges reconnaissent dans les bergers un côté angélique, puisque c’est à eux qu’ils confient d’être les premiers messagers de Noël, les premiers évangélistes et de prendre le relais pour annoncer sur la terre dès l’aurore ce qu’ils chantent au plus haut des cieux.
L’auteur du livre de l’Apocalypse, quand il s’adresse aux Églises d’Asie mineure, qualifie les évêques-pasteurs, d’anges de leurs Églises. Beau programme pour tous ceux et celles qui acceptent un travail pastoral, un travail d’anges annonceurs de la Bonne Nouvelle et de bergers veilleurs et soigneurs, au service de l’Église et de sa mission dans le monde : veilleurs qui ne dorment que d’un œil, attentifs aux besoins des autres, présents là où surgit la nouveauté de Dieu et messagers de sa bonne nouvelle ; tous ceux et celles qui “sont de service” en cette fête de Noël.
Bienheureux en ce matin de Noël, celles et ceux qui ont un cœur de berger, qui ont souci de porter le souci des autres, eux dont le cœur est toujours en éveil. Ils sont les premiers à qui s’adressent les anges de Noël parce qu’ils leur ressemblent un peu : eux non plus ne dorment pas, ou alors c’est toujours seulement d’un œil, comme les parents proches de leur bébé qui dort. Un messager de Dieu se doit d’être toujours prêt à accomplir sa mission, puisqu’il est au service de celui qui fait toutes choses nouvelles, de nuit comme de jour, au crépuscule comme à l’aurore, celui qui n’a d’autre souci que de manifester sa bonté et son amour pour l’humanité. Il ne vient pas en justicier mais en berger et n’est poussé que par sa seule miséricorde, comme l’écrit Saint Paul à Tite.

« Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes,
il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes,
mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême,
il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint.
Cet Esprit, Dieu l’a répandu sur nous en abondance,
par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, rendus justes par sa grâce,
nous devenions en espérance héritiers de la vie éternelle. »

« La mère de Jésus gardait dans son cœur tous ces événements », écrira plus tard saint Luc. (2, 51) Que cette attitude de Marie marque pour chacun et chacune tous ces jours du temps de Noël et de l’Épiphanie. Comme elle, conservons précieusement au plus profond de notre cœur pour le méditer, ce grand mystère qui est le fondement de notre foi. Ce qu’avait prédit et annoncé solennellement le prophète Isaïe se réalise de manière étonnante.

Voici que le Seigneur se fait entendre jusqu’aux extrémités de la terre :
Dites à la fille de Sion : Voici ton Sauveur qui vient ;
avec lui, le fruit de son travail, et devant lui, son ouvrage.
Eux seront appelés « Peuple-saint », « Rachetés-par-le-Seigneur »,
et toi, on t’appellera « La-Désirée », « La-Ville-qui-n’est-plus-délaissée ».

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Jean - Jn 1, 1-18