28ème dimanche du temps ordinaire - 14 octobre 2018

Aujourd’hui s’ouvre la semaine missionnaire mondiale dont la journée de dimanche prochain sera la grande célébration. Une occasion pour l’Église de se remettre en mémoire chaque année ce qu’affirmait le Concile Vatican 2 dans le décret Ad gentes (A tous les hommes), qui commençait en ces termes : « Par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Elle est tendue de tout son effort vers l’annonce de l’Évangile à tous les hommes. ». Heureuse coïncidence : du 3 au 28 octobre se tient à Rome autour du pape François, un synode sur « les jeunes, la foi et le discernement des vocations ».
Des événements qui sont en totale consonance avec l’Évangile de ce dimanche. Saint Marc nous montre Jésus proposant un choix de vie évangélique à un homme en recherche. On peut voir en cet homme d’il y a 2000 ans, la figure de l’homme de toujours face aux appels du Christ, et particulièrement des jeunes d’aujourd’hui.

Jésus se mettait en route quand un homme accourut
et, tombant à ses genoux, lui demanda :
« Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? »
Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ?
Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements :
Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère,
ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage,
ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »
L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit :
« Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ;
alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. »
Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.

Émouvant dialogue entre Jésus et cet homme en recherche et généreux, qui accourt vers Jésus et s’agenouille devant lui. Il personnalise en quelque sorte Israël. Israël, le peuple de Jésus appelé à être fidèle à la Loi de Dieu. Israël dont Jésus est le fils comme cet homme. Lui aussi est fidèle à la Loi. Elle lui tient aux entrailles comme dit le psaume 39. Jésus accepte d’être appelé Maître mais pas “bon” maître, car la Loi, sans doute bien connue de cet homme aussi, proclame que personne n’est bon, sinon Dieu seul. Jésus se mit à l’aimer, dit le texte. Cet homme est sur le même chemin que lui. Alors il lui propose d’aller plus loin que les commandements, de faire le même choix radical que le sien. De tout quitter, de se détacher de tout pour le suivre. Les commandements cités ici par Jésus, mis à part « celui d’honorer son père et sa mère », sont formulés en termes négatifs et indiquent le minimum nécessaire pour être fidèle à la Loi : ne faire du tort à personne, ne pas tuer, etc.
Jésus invite cet homme à quitter ce point de vue minimaliste et légaliste. Il l’invite à le suivre sur le chemin de l’amour. Non pas un chemin de bonheur balisé par des interdits, des prescriptions, mais le chemin qu’offrent les béatitudes. « Va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres ; puis viens et suis-moi », lui dit Jésus. Cinq verbes qui invitent à un dépassement positif : prendre la route, vendre, donner, venir au Christ, le suivre. Quand on aime, le minimum ne suffit pas. Les commandements négatifs non plus ne suffisent pas, ou alors la relation d’amour piétine sur des sentiers de routine ou de calcul. J’en fais bien assez comme ça pour toi. Une religion qui se limiterait à des commandements négatifs défigurerait le visage de Dieu proclamé comme l’absolu de la bonté et de l’amour. En effet proclamer que Dieu est bon, que Dieu est amour, c’est proclamer qu’en lui, la bonté et l’amour n’ont pas de limite ni de mérite, qu’il ne possède rien, qu’il donne et pardonne sans compter de manière surabondante, que sa richesse est de choisir la pauvreté. Et reconnaître surtout que Dieu lui-même a pris la route avec les hommes en leur histoire. Dans sa présentation du synode des jeunes le pape a écrit : « Sans l’engagement du don de nos vies, nous pourrons avoir des myriades de contacts mais nous ne serons jamais plongés dans une véritable communion de vie. La mission jusqu’aux extrêmes confins de la terre exige le don de soi-même dans la vocation qui nous a été confiée par Celui qui nous a placés sur cette terre ».
Mais cet homme n’est pas convaincu. Son visage s’assombrit. Il s’en va tout triste car il est riche. Dans son commentaire qui suit, Jésus aussi est attristé et en même temps il continue de placer la barre très haut dans ce qu’il dit aux disciples.

Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples :
« Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses
d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles.
Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants,
comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu !
Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille
qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux :
« Mais alors, qui peut être sauvé ? »
Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible,
mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »

Stupéfaction des disciples et découragement quand ils entendent ces paroles de Jésus, et cependant il insiste et répète sa phrase en les appelant « mes enfants », ce qui est rare dans l’Évangile. Pierre, au nom de tous, lui rappelle qu’ils ont eu plus de courage que cet homme et Jésus lui répond qu’ils ont fait le bon choix.

Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. »
Jésus déclara : « Amen, je vous le dis :
nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison,
des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre
sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple :
maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres,
avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.

Que retenir de ce texte ? D’abord, bien sûr l’appel du Christ. Il résonne de manière particulière en ce dimanche. Nous pouvons associer la figure de cet homme – il s’agit d’un adulte ou d’un homme âgé, puisqu’il évoque sa jeunesse sans doute déjà lointaine et qu’il est riche – à celle de l’homme moderne occidental, qui a bénéficié de progrès scientifiques et autres, qui vit dans l’abondance de biens de toutes sortes et qui a hérité d’un grand patrimoine religieux. Que représente pour lui aujourd’hui l’invitation à suivre le Christ ? Comment peut-il accepter de vendre ses biens et de les partager avec les peuples pauvres ? Sur le plan religieux, s’il est croyant, n’est-il pas resté rivé à des commandements religieux ou des traditions minimalistes, et est-il prêt à changer de logique et à refonder sa foi et sa vie sur le Christ en tout ?
Pour une large part, l’Évangile a été annoncé au monde par les pays occidentaux. Comment les chrétiens de ces pays devenus riches, peuvent-ils être missionnaires d’Évangile aujourd’hui sur le plan mondial, quand ils vivent dans un monde qui aspire toujours à s’enrichir, quitte à laisser s’appauvrir d’autres peuples, et cela parfois une main sur le cœur et l’autre sur la Bible ? Peuvent-ils entendre l’appel du Christ à prendre la route du don de leurs biens ?
Cet homme riche ressemble à beaucoup de personnes qui sont aujourd’hui dans nos pays en recherche de sens, habitées par une foi humaine profonde et en marche sur des chemins de générosité et de droiture. Jésus leur propose de le suivre sur le chemin des béatitudes qui a été le sien. Non pas de se replier sur un désir de s’auto-réaliser, de se perfectionner, mais de servir les autres, de donner de leur personne. De s’alléger d’eux-mêmes et de s’amincir pour pouvoir se faufiler par « le trou de l’aiguille » ! De renoncer au modèle du grand chameau que peut-être ils rêvent d’être, du sage et du savant qu’ils croient être. De se faire humbles, et comme Jésus, de bénir leur Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents, et de l’avoir révélé aux tout-petits. (Mt 11)
Ce que dit Jésus aux disciples peut sembler en contradiction avec l’un des commandements de Dieu qu’il a cités, celui de l’honneur à rendre à ses parents. En effet Jésus leur affirme ensuite que pour le suivre, il faut quitter une maison, une famille ou une terre. Les quitter est-ce les abandonner, ne plus les aimer et les honorer ? Non, cela serait contraire à l’enseignement et à l’attitude de Jésus. Ce qu’il demande c’est de ne pas s’enfermer dans un rapport à eux par des liens de dépendance ou d’emprise, afin d’accéder à une plus forte et plus large liberté de servir, comme l’ont fait et le font encore tant d’hommes et de femmes. « Aime ton père, mais aime davantage ton Seigneur, disait saint Augustin ; aime celui qui t’a donné le jour, mais aime davantage celui qui t’a donné l’être. Aime ta mère, mais prends garde de la préférer à l’Église qui t’a engendré pour la vie éternelle ».
Cet appel du Christ au détachement est en accord avec ce qui est écrit dans le Livre de la Sagesse :

J’ai prié, et le discernement m’a été donné.
J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi.
Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ;
à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ;
je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ;
tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable,
et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue.
Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ;
je l’ai choisie de préférence à la lumière,
parce que sa clarté ne s’éteint pas.
Tous les biens me sont venus avec elle
et, par ses mains, une richesse incalculable.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Marc - Mc 10, 17-30