11ème dimanche du temps ordinaire - 17 juin 2018

Les textes de ce 11e dimanche sont tout à fait adaptés à la couleur du temps. Nous entrons dans l’été cette semaine, et la nature a revêtu ses habits de fête, de fleurs et de verdure foisonnante. Les arbres secs et dénudés ont reverdi. Les graines semées au printemps ont germé et ont donné naissance à des plantes de toutes sortes. Les paraboles du prophète Ézéchiel et de Jésus sont tout à fait de saison. Par la bouche d’Ézéchiel, Dieu annonce à son peuple que s’achèvent pour lui les hivers de l’exil.

Ainsi parle le Seigneur Dieu : A la cime du grand cèdre, à son sommet,
je cueillerai un jeune rameau, et je le planterai moi-même
sur une montagne très élevée.
Sur la haute montagne d’Israël je le planterai. Il produira des branches,
il portera du fruit, il deviendra un cèdre magnifique.
Tous les passereaux y feront leur nid, toutes sortes d’oiseaux
habiteront à l’ombre de ses branches.
Et tous les arbres des champs sauront que c’est moi, le Seigneur :
je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé,
je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec.
Moi, le Seigneur, je l’ai dit, et je le ferai.

Saint Paul, lui aussi, annonce une résurrection. Il présente la vie humaine comme un temps d’exil, en attente de la fin de nos hivers et de l’entrée dans un été sans fin.

Frères, nous avons pleine confiance, tout en sachant
que nous sommes en exil loin du Seigneur
tant que nous habitons dans ce corps ;
en effet, nous cheminons dans la foi, nous cheminons sans voir.
Oui, nous avons confiance,
et nous aimerions mieux être en exil loin de ce corps
pour habiter chez le Seigneur.
Que nous soyons chez nous ou en exil,notre ambition, c’est de plaire au Seigneur.
Car il nous faudra tous apparaître à découvert
devant le tribunal du Christ,
pour que chacun reçoive ce qu’il a mérité, soit en bien soit en mal,
pendant qu’il était dans son corps.

Nous retrouvons ce dimanche la lecture continue de l’Évangile selon saint Marc, au chapitre 4. Jésus parle à la foule du Règne de Dieu qui germe et grandit, et il s’adresse à elle en paraboles printanières et estivales.

Jésus disait : « II en est du règne de Dieu
comme d’un homme qui jette le grain dans son champ :
nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit,
il ne sait comment.
D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe,
puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.
Et dès que le grain le permet, on y met la faucille
car c’est le temps de la moisson. » Jésus disait encore :
« À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ?
Par quelle parabole allons-nous le représenter ?
Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre,
elle est la plus petite de toutes les semences du monde.
Mais quand on l’a semée, elle grandit
et dépasse toutes les plantes potagères ;
et elle étend de longues branches,
si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »
Par de nombreuses paraboles semblables,
Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure
où ils étaient capables de la comprendre.
Il ne leur disait rien sans employer de paraboles,
mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.

Les paraboles sont des récits à interpréter de deux manières. Au premier niveau, tous peuvent comprendre : Jésus emploie des mots et des images concrètes, simples, à la portée de la foule. Tous sont invités à la réflexion : à s’étonner devant les mystères de la vie, et devant son dynamisme incessant qui fait que les semences germent et grandissent. Devant ce miracle que d’une semence toute petite puisse germer et grandir une plante sans commune mesure avec elle. Et tout cela que nous dormions ou que nous nous levions. A ce premier niveau, les paraboles sont une théologie de la création : elles sont pleines de sagesse et toujours actuelles. L’homme moderne, pragmatique et efficace, en arrive un peu à oublier que la vie vient de plus loin que lui. Il n’en est ni la source ni le maître.

Il ne se perçoit plus guère comme faisant partie de la nature, du monde des vivants, soumis aux mêmes lois que les végétaux, les animaux. Il la perçoit comme un objet ou un décor extérieur à lui, qu’il peut exploiter, transformer et utiliser à sa guise, dans une perspective productiviste de rentabilité. Il oublie qu’elle est un trésor à lui confié, dont il n’est que gérant éphémère, et que si elle périt, il périra lui aussi. Les mirages de toute-puissance, de productivité sans limite peuvent lui appauvrir l’esprit, le conduire à désapprendre la plus élémentaire sagesse et à faire ainsi son propre malheur.

Mais les paraboles de Jésus sont à comprendre surtout à un second niveau, celui de la foi. Les disciples de Jésus doivent les comprendre comme s’il s’agissait d’un secret que seuls les intimes peuvent comprendre, d’un appel à la conversion du regard et du cœur. Jésus dévoile à ses disciples et leur explique en particulier des choses essentielles qui concernent la connaissance et l’amour de Dieu. Elles ne se transmettent pas forcément en public à force de démonstrations, d’explications mais sous le mode de la confidence. Chacun est appelé librement à en saisir le message. Parler de Dieu et de la foi en parabole, c’est justement consentir à ce que son règne germe et grandisse dans le secret des cœurs et des consciences, à l’abri des bruits et des fureurs du monde, comme la semence jetée en terre et la graine de moutarde.

C’est là une leçon toujours à retenir pour l’Église du Christ, parfois trop empressée de proclamer en public tous ses secrets, de convaincre et de prouver. Ses discours sont souvent abstraits, explicatifs et elle est peu encline à cultiver l’art universel de la parabole, à trouver les mots simples et concrets qui peuvent toucher le cœur. Les paraboles de ce dimanche nous parlent autrement encore aujourd’hui. Nous nous culpabilisons facilement et nous plaignons de n’être qu’un petit nombre, un petit reste, une modeste semence. Nous nous attachons parfois bien plus à pleurer notre mort, qu’à croire que « la plus petite de toutes les semences du monde puisse un jour grandir et dépasser les plantes potagères, étendre ses longues branches si bien que les oiseaux du ciel fassent leur nid à son ombre ».

Quand Jésus parle de graine et de semence, il nous faut comprendre avant tout qu’il est lui-même le semeur du Royaume de Dieu, et en même temps la graine semée par le Père. Les longues branches de l’arbre de sa croix ouvrent les portes du Royaume à tous les peuples de la terre. La mission de l’Église est de faire signe de lui, d’être semence de paix, de justice et d’amour au milieu de tous les peuples de la terre. Sa mission n’est pas de faire signe d’elle-même, de se préoccuper uniquement de ses problèmes internes, mais d’accorder toute sa confiance à celui qui lui a donné naissance et dont l’Esprit est à l’œuvre de jour comme de nuit. Enfouie en terre, enracinée en plein cœur du monde et de la vie des hommes, l’Église fait signe du Royaume de Dieu qu’elle n’est pas. C’est un Royaume qui germe et grandit en elle et par elle. Un Royaume sans commune mesure avec ce qu’elle est. Un arbre aux longues branches verdoyantes, destiné un jour à rassembler et abriter tous les oiseaux du ciel. En effet, des nids qu’ils feront sous son ombre, s’envoleront partout des oiseaux voyageurs, pour annoncer l’Évangile à tous les peuples de la terre.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Marc - Mc 4, 26-34
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