Pentecôte - 20 mai 2018

Nous voici rendus au cinquantième jour après Pâques. Celui où se retrouvait à Jérusalem une foule innombrable pour l’une des grandes fêtes juives, celle du don de la Loi au Sinaï. La Pentecôte chrétienne est la fête de l’irruption de l’Esprit Saint sur l’assemblée des disciples de Jésus à Jérusalem, réunis autour des Douze, et de leur sortie du Cénacle pour témoigner du Christ en public. Saint Luc la présente dans le cadre d’une grande mise en scène qui souligne son caractère important. Elle marque la naissance de l’Église à la dimension universelle de sa mission, au souffle de l’Esprit. Un événement suivi, dans le livre des Actes, de beaucoup d’autres plus discrets, correspondant à plusieurs étapes dans cette ouverture à l’universalité de la Bonne Nouvelle du salut en Jésus mort et ressuscité.

Quand arriva le jour de la Pentecôte, au terme des cinquante jours,
ils se trouvaient réunis tous ensemble.
Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent :
la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière.
Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu,
qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux.
Tous furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues,
et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit.
Or, il y avait, résidant à Jérusalem, des Juifs religieux,
venant de toutes les nations sous le ciel.
Lorsque ceux-ci entendirent la voix qui retentissait,
ils se rassemblèrent en foule. Ils étaient en pleine confusion
parce que chacun d’eux entendait dans son propre dialecte ceux qui parlaient.
Dans la stupéfaction et l’émerveillement, ils disaient :
« Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ?
Comment se fait-il que chacun de nous
les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? […]
tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

Luc indique en quoi consiste le miracle de la Pentecôte. C’est du ciel que vient un ébranlement créateur de nouveauté sur la terre. Tous les hommes peuvent se comprendre et fraterniser dans leurs différences de langages et de cultures. Ce qui sème à la fois la confusion et la communion. Tous s’étonnent d’un changement et d’une nouveauté qui surgissent en eux et autour d’eux. Les voilà tous bilingues ! À leur langue maternelle particulière qui est l’expression de leur culture s’ajoute une langue nouvelle, qui est l’expression d’une culture nouvelle, celle de la communion fraternelle et universelle inaugurée par l’Esprit de Jésus.

Il s’agit d’une manifestation de Dieu semblable à celle du Sinaï pour le don de la Loi à Moïse et par lui au peuple d’Israël. Cette fois, il ne s’agit pas du don de la Loi mais de l’Esprit Saint accordé à chacun des disciples de Jésus pour qu’il prenne personnellement la parole et pour que la bonne nouvelle de Jésus Christ se répande jusqu’aux extrémités du monde. C’est la réalisation de ce qu’avait annoncé Ezéchiel (36) : « Je mettrai en vous un esprit nouveau ». L’événement de Pentecôte est un événement de communication nouvelle. Dans le texte reviennent les mots : langue cinq fois (au sens de langage bien sûr), cinq fois les verbes parler, s’exprimer, proclamer, et cinq fois le verbe entendre.

Ce qui se passe à la Pentecôte n’est pas une glossolalie. Celle-ci est un phénomène qui se produit dans certains groupes religieux quand les adeptes, sous le coup d’extases et de transes, prononcent des mots incompréhensibles pour ceux qui les entendent. Ici l’étonnement des acteurs est double. Les disciples parlent d’autres langues que la leur, et les gens rassemblés à Jérusalem entendent et comprennent ce qu’ils disent, dans leur langue maternelle. La culture nouvelle instaurée par le don de l’Esprit marque donc la fin d’un régime d’incompréhension mutuelle entre les humains. Par-delà la différence de langues, l’Esprit inspire à tous une fraternité commune, un langage de feu qui brûle le cœur de chacun. Les différences ne font plus obstacle à la fraternité, mais au contraire chacun se met à parler d’autres langues que la sienne et à comprendre la langue des autres.

Par-delà la différence des langues se manifeste ainsi une communion qui se fonde sur une louange commune. Ce que disent, expriment, proclament les disciples est essentiel dans le texte. Luc le rapporte ici et le redira sans arrêt dans ses écrits. Tous les disciples proclament, chantent les merveilles de Dieu. Celles qu’il a accomplies en venant partager l’existence humaine commune en son Fils Jésus de Nazareth, mort et ressuscité, pour sauver l’humanité. En témoignent des gens qui viennent de Galilée – cette lointaine périphérie, ce pays de l’ombre et de la mort – et non de Jérusalem. Ces disciples de Jésus sont « des hommes sans instruction et des gens quelconques » (Ac 4,13) qui ne sont ni scribes ni chefs religieux. Leur témoignage touche au cœur ceux qui les entendent, et les rejoint dans leur langue maternelle, leur culture particulière. Les merveilles de Dieu que proclament les disciples de Jésus sont sources de joie, de tendresse et d’amitié, de pardon et de fraternité, de paix et de justice. Dans l’Évangile de Jean, Jésus nomme l’Esprit, le Défenseur.

Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père,
lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père,
il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage,
car vous êtes avec moi depuis le commencement. […]
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière. […]

L’Esprit qu’envoie Jésus protège et défend à la droite de Dieu les humbles, les pauvres, les justes et même les pécheurs, accusés par l’esprit du mal, par « celui qui les accuse jour et nuit devant Dieu » (Apoc 12, 10). Il prend leur défense contre l’esprit du mal qui accuse parfois aussi leur cœur (1 Jean 3, 20) et les détourne de croire en l’amour de Dieu, d’espérer en lui, et d’espérer en eux-mêmes. Aujourd’hui, comment accueillir dans son actualité cet événement de Pentecôte ?

Que vienne sur les Églises et sur chaque chrétien, l’Esprit de Pentecôte.

Qu’ils sortent du mutisme et prennent la parole. On s’habitue vite et facilement à se terrer et à se taire, pour diverses raisons, à ne plus donner son avis. La transmission de l’Évangile et de la Foi n’a aucun avenir, si les chrétiens se taisent, n’apprennent pas ensemble à témoigner.

Qu’ils sortent de leurs cénacles, des lieux où la tentation est grande de rester entre eux. Qu’ils entrent en dialogue et en conversation avec les autres, ceux qui ne parlent pas leur langue, ou même s’ils le font, ne mettent pas les mêmes réalités sous les mêmes mots, qui ne sont pas du même bord ni du même avis.

Qu’ils cherchent avec eux en quoi ce qui les rejoint, les touche, les intéresse dans la langue maternelle de leur humanité commune.

Qu’ils commencent toujours par bénir, par dire du bien, par raconter les merveilles. Celles dont ils sont témoins dans la vie du monde et des gens qui les entourent, quelles que soient leurs opinions et croyances. Et cela non pas de manière béate mais réaliste, sans oublier toutes les nuits du malheur, des divisions, de la souffrance. Car l’Esprit de Pentecôte est à l’œuvre dans les nuits les plus noires, lui qui animait le Christ en ses épreuves.

Et « puisque l’Esprit les fait vivre, qu’ils se laissent conduire par l’Esprit », comme l’écrit saint Paul aux Galates. Le fruit de l’Esprit dont il parle forme un beau programme de vie spirituelle.

Voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté,
bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi.
En ces domaines, la Loi n’intervient pas.
Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair,
avec ses passions et ses convoitises.
Puisque l’Esprit nous fait vivre, marchons sous la conduite de l’Esprit.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Jean - Jn 20, 19-23