1er dimanche de Carême - 18 février 2018

 Le Carême invite les chrétiens à la prière, au partage et aussi au jeûne. On le considérait naguère comme un temps où il fallait « faire maigre ». Pourtant, chaque dimanche, ce n’est pas à une cure d’amaigrissement que l’Église nous invite, mais à un festin de nourriture spirituelle pour réalimenter et revivifier la foi de notre baptême. Les textes bibliques proposés à notre ressourcement en ce Carême 2018 insistent sur les dimensions essentielles du baptême : il est une entrée en Alliance avec Dieu par le Christ, avec lui et en lui et dans l’Esprit Saint. Il est une réponse libre et personnelle à l’appel que Dieu adresse à tous et à chacun, pour vivre en amitié avec lui. Un engagement personnel à suivre le Christ, à vivre l’Évangile.

Nos alliances, entre amis, entre époux, entre peuples, se fondent sur des promesses réciproques, contractuelles, conditionnelles. Dans la Bible, l’Alliance de Dieu avec son peuple, avec l’humanité se fonde sur une initiative purement gratitude de sa part. Il promet une fidélité indéfectible à ses amis et partenaires humains qui peineront et peinent encore à vivre à son image et à sa ressemblance et refuseront ou trahiront son Alliance. L’Alliance éternelle de Dieu va se manifester sous le mode d’une pédagogie tout au long de l’histoire humaine dont chaque dimanche du Carême évoque une péripétie. Comme un Père, il accompagne ses enfants, marche avec eux, les prend par la main, les éduque, les corrige, les aide à discerner ce qu’il y a de positif dans leur vie, même s’ils vivent dans des situations « hors des clous ». Jamais il ne leur ferme la porte et les bras.

Deux aspects du baptême sont mis en relief ce premier dimanche, à travers deux grands symboles : celui de l’eau, et celui du désert. Les eaux de la vie d’abord qui se transforment en eaux de la mort lorsque le déluge engloutit l’humanité envahie par le mal. Un cataclysme, rapporté et présenté par l’auteur biblique dans un récit dont la portée est plus théologique qu’historique. Les choses avaient déjà mal tourné avec Adam et Eve, puis avec Caïn et bien d’autres. Mais voici qu’au temps de Noé elles ont empiré, et Dieu en est profondément déçu.

« Dieu vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre
et que son cœur ne formait que de mauvais desseins à longueur de journée.
Il se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur.
Et il dit : Je vais effacer de la surface du sol
les hommes que j’ai créés – et avec les hommes,
les bestiaux, les bestioles et les oiseaux du ciel –,
car je me repens de les avoir faits. »

La Bible ne se prive pas de prêter à Dieu des émotions et des sentiments humains. Plutôt que de s’en offusquer, il faut s’en émerveiller. C’est une manière de comprendre que son Alliance avec les hommes est amoureuse. Elle n’est ni un marché, ni un contrat, ni une obligation formelle et légaliste, mais une profonde bienveillance et amitié. Dieu semble tenté par le découragement, face à tous les malheurs que suscite la méchanceté humaine, face aux horreurs dont l’humanité a été et est toujours capable. Il avait créé l’homme à sa ressemblance pour qu’il vive dans la bonté, mais l’homme a trahi son projet, est devenu l’esclave du mal et a fait ainsi son propre malheur. D’où sa déception. Mais Dieu a le cœur solide et il résiste au découragement. La première création ayant échoué, il en entreprend une nouvelle que raconte l’histoire du déluge dans le livre de la Genèse. Celle de l’arche de Noé et du sauvetage de quelques humains, de représentants d’espèces animales. À la fin du récit Dieu fait une déclaration solennelle.

Après le déluge, Dieu dit à Noé et à ses fils :
« Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec tous vos descendants,
et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous […]
Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être vivant
ne sera plus détruit par les eaux du déluge,
il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. »
Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous,
et avec tous les êtres vivants qui sont autour de vous,
pour toutes les générations à venir :
Je mets mon arc au milieu des nuages,
pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre.
Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre,
et que l’arc-en-ciel paraîtra au milieu des nuages,
je me souviendrai de mon alliance avec vous
et avec tous les êtres vivants, et les eaux ne produiront plus le déluge,
qui détruit tout être vivant. »

C’est à ce moment, après la réussite du sauvetage, qu’arrive pour la première fois dans la Bible le mot « Alliance ». Une Alliance universelle, que Dieu établit solennellement non seulement avec toutes les générations de l’humanité, mais aussi avec la terre et tous les êtres vivants. Une vision déjà écologique de la nouvelle création. Une Alliance dont le signe est un arc, – symbole de la force dans la Bible – que Dieu fait paraître au milieu des nuages. Forte et sans faille sera désormais la fidélité de Dieu, envers et contre tout. Elle a résisté déjà au péché des premiers humains puis à leur méchanceté. Elle résistera encore à celui des générations à venir. Au fil des dimanches qui viennent, nous verrons comment se manifestera la fidélité de Dieu à son Alliance.

Les eaux du déluge ont été reliées par les pères de l’Église aux eaux du baptême. Ces eaux accomplissent en la personne du baptisé une œuvre de salut et de recréation. Le péché est comme noyé et le baptisé vit une renaissance : il reçoit en lui-même l’Esprit Saint pour combattre le mal, et Dieu établit avec lui son Alliance indélébile, de manière personnelle. Dieu s’engage à lui être fidèle, et l’appelle lui aussi à s’engager dans le combat contre le mal. Comme l’écrit saint Pierre dans sa première lettre, ce dimanche :

Le déluge était une image du baptême qui vous sauve maintenant :
être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures,
mais s’engager vers Dieu avec une conscience droite,
et participer ainsi à la résurrection de Jésus Christ qui est monté au ciel,
au-dessus des anges et de toutes les puissances invisibles, à la droite de Dieu.

Après les quarante jours du déluge, voici les quarante jours de Jésus au désert de la soif et de la faim, dans le récit de Marc.

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert.
Et dans le désert il resta quarante jours, tenté par Satan.
Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.
Après l’arrestation de Jean Baptiste, Jésus partit pour la Galilée
proclamer la Bonne Nouvelle de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis :
le règne de Dieu est tout proche.
Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. »

Comme Pierre, Marc évoque le baptême de Jésus, immédiatement suivi pour lui, d’un temps d’épreuve, de tentation au désert par Satan. Ce n’est pas à construire une arche, que l’Esprit le pousse. Il le laisse s’en aller au désert, pour expérimenter les tentations vécues par ses ancêtres humains et se préparer aux combats qui l’attendent au cœur du monde. Il lui faudra débusquer et chasser les esprits mauvais qui nourrissent la méchanceté, les mauvais desseins et la barbarie, dans le cœur et l’esprit de ses frères et sœurs en humanité. L’Esprit lui donnera la force de les démasquer chez ceux qui font le mal mais aussi chez les gens qui souffrent et se culpabilisent ou se découragent. Il les démasquera même dans le cœur et les pensées de ses propres disciples ainsi que des responsables politiques et religieux de son temps. En lui, s’accomplit la dernière et nouvelle étape de l’Alliance de Dieu. Une Alliance qui se réalise en son propre Fils. Tenté comme tout être humain par Satan, par les esprits du mal, Jésus vient le vaincre au cœur même de la famille humaine, de l’histoire humaine.

Au jour de son baptême le baptisé renonce à Satan, à tout ce qui en lui le tente, le pousse à la méchanceté et aux mauvais desseins. Mais le combat contre le mal est à vivre chaque jour, car les esprits mauvais, – ou les mauvais esprits, comme on voudra – ont plus d’un tour dans leur sac. Ce sont des esprits caméléons qui changent de visage à chaque moment critique de la vie. Des esprits acariens qui empoisonnent l’atmosphère à l’insu de chacun. Et il n’est pas trop d’un temps de carême par an, pour faire un nettoyage de printemps dans sa propre maison intérieure. Ce travail est bien plus efficace s’il est accompli en commun.

Il sera plus fructueux s’il est un temps de partage. Partage de la parole de Dieu, des expériences, des questions. Partage de la prière pour raviver l’Alliance avec Dieu. Partage du temps pour une attention renouvelée aux attentes des autres. Partage de l’avoir avec les plus démunis. Partage de l’espérance dans les épreuves. Mais pour qu’il y ait partage, il est nécessaire qu’il y ait rencontre, rassemblement. Cela pourrait être une excellente résolution de Carême, pour tous ceux qui sont enclins à déserter leurs assemblées, et bien peu à se réunir pour un soutien spirituel. Pour rejoindre les sources de leur foi et pour lui donner un « coup de jeune » (avec ou sans accent circonflexe !).

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Marc - Mc 1, 12-15