2ème dimanche du temps ordinaire - 19 janvier 2020

Ce dimanche est un dimanche charnière dans l’année liturgique. Il marque une pause entre le temps de l’Avent, de Noël, de l’Epiphanie et le temps dit ordinaire qui va nous conduire jusqu’au Carême. Après les récits sommaires de la naissance et de l’enfance de Jésus, la liturgie reporte à dimanche prochain le récit des commencements de sa vie d’adulte et sa manifestation publique. Saint Jean, dans son évangile de ce dimanche, évoque le lien entre Jean Baptiste et Jésus. Continuité entre le précurseur et celui qu’il désigne comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Rupture et nouveauté aussi puisque Jean appelle Fils de Dieu celui qui vient baptiser non plus seulement dans l’eau pour la conversion et le pardon mais dans l’Esprit Saint, pour qu’en Jésus leur frère ceux qui seront baptisés en son nom soient revêtus de sa personne, de sa qualité de Fils, et ne fassent qu’un en lui. (Ga 3, 26-28)

Nous nous tenons dans un temps qui n’est pas un temps mort mais un temps de gestation et de maturation, comme l’a été le long temps de la vie de Jésus à Nazareth. Le temps d’entre deux âges, comme celui d’une mer étale entre deux marées. L’âge auquel chacun advient à lui-même, s’interroge sur ce qui l’a précédé, ce que d’autres ont vécu et choisi avant lui, et le moment de s’interroger en conséquence sur l’orientation de sa propre vie. Face au passé, mais aussi face à l’avenir, et surtout face à ce qu’il découvre de lui-même, à ce que lui inspire le présent de ce qu’il est, de son histoire et de celle du monde en son déroulement. Le temps que l’on peut qualifier de temps de la vocation, ce mot qui signifie un appel intérieur, une voix qui surgit et murmure au fond du cœur. Un appel qui vient aussi de l’extérieur, de l’immense rumeur des voix et des attentes qui surgissent du sein du peuple auquel on appartient, et de ce qu’il vit dans l’immense monde. Avant de quitter Nazareth, Jésus a dû beaucoup s’interroger sur la manière dont il va jouer son rôle de Messie serviteur. Toute vocation requiert une maturation plus ou moins longue. Dans les textes de ce dimanche, l’appel est formulé tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Tantôt c’est Dieu ou son prophète et « serviteur » qui parlent, tantôt ce sont le croyant ou le peuple. D’abord dans le Premier Testament écoutons ce que proclament Isaïe et le psalmiste de ce dimanche.

Parole du serviteur de Dieu. Le Seigneur m’a dit :
« Tu es mon serviteur Israël, en toi je me glorifierai.
Maintenant le Seigneur parle, qui m’a formé dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël.
Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël :
je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut
parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

Puis le psaume 39 

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; *
tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens.
Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse. *
Dieu, voilà ce que j’aime : ta loi me tient aux entrailles. »
J’annonce la justice dans la grande assemblée.

L’appel de Dieu transmis par Isaïe et celui du psalmiste émergent ainsi de plusieurs lieux de gestation, de plusieurs seins maternels : il émerge d’abord du peuple qui a vécu l’épreuve d’un exil, d’une dispersion, d’une perte de sa liberté, de l’assemblée de Dieu, tous ceux qui ont été les fondateurs et guides de ce peuple. Il émerge du Livre où se trouvent écrits les grands récits de l’Alliance, de la Loi et des Prophètes. De ce Livre où est écrit par Dieu ce qu’il veut que fasse son serviteur. Il émerge enfin de toutes les nations de la terre en attente de bonheur, de justice et de paix. Pas de frontières en quelque sorte entre l’histoire de chaque personne unique, et tous ces terreaux qui l’ont portée, façonnée. Ce n’est pas d’abord un appel à la réalisation de soi, au bénéfice de soi, bouclé sur soi, mais un appel à accomplir la volonté d’un Autre, à se mettre au service des autres, non seulement les autres de la famille, de la nation particulière à laquelle on appartient, mais aussi au service de tous les habitants de la terre.

C’est une vocation qui se fonde sur un amour partagé entre l’appelé et celui qui l’appelle. Par la voix du prophète et celle du psalmiste c’est le peuple qui s’exprime : « J’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force », « Ta loi me tient aux entrailles, aux tripes ». Toute vocation au baptême, à la confirmation, à un mariage ou à un service s’inscrit dans une histoire d’alliance amoureuse. Quiconque se sait aimé et est saisi d’amour lui-même pour ses frères et sœurs en humanité ne peut ni se taire, ni rester inactif, comme le diront aussi les amis de Jésus. Même écho dans le second Testament. Paul s’adresse à la communauté chrétienne de Corinthe.

Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être Apôtre du Christ Jésus :
avec Sosthène notre frère, je m’adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l’Église de Dieu,
vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus,
vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint,
avec tous ceux qui, en tout lieu,
invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
Que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père
et de Jésus Christ le Seigneur.

Ce qu’écrit saint Paul déploie toutes les composantes d’une vocation chrétienne. ll se dit appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ, mais il n’est pas seul : il a un frère, un compagnon apôtre avec lui : Sosthène. Tout appel dans l’Eglise du Christ est à la fois personnel, collégial, et exige de vivre en communion avec des frères et sœurs. Paul rappelle ainsi à l’Eglise de Corinthe que tous ses membres eux aussi sont des appelés, car ils sont baptisés pour le nom du Christ et sanctifiés par lui. Leur Eglise (le mot veut dire « l’ensemble des appelés ») ne se conçoit qu’en lien avec toutes les autres Eglises, tous les autres chrétiens rassemblés par le Christ qui invoquent son nom dans toutes les nations et constituent ainsi le nouveau peuple de Dieu. Message tout à fait actuel en cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Jean l’évangéliste présente Jean le baptiste comme un prophète des deux Testaments, pourrait-on dire : sa vocation comporte une double mission. Il représente Israël, parle et agit en son nom. Après avoir annoncé et préparé la venue du Christ, il désigne Jésus devant tous non seulement comme prophète, mais comme étant l’Agneau de Dieu qui sauve le monde et le Fils de Dieu en personne.

Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit :

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit :
Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était.
Je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau,
c’est pour qu’il soit manifesté au peuple d’Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage :
« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui.
Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
"L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,
c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint."
Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »

« Parmi les hommes, il n’a pas existé de plus grand prophète que Jean Baptiste » déclarera Jésus à son sujet et il ajoutera : et cependant le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui. Toute vocation doit ressembler à celle de Jean. Tous les appelés à transmettre l’Evangile, ont pour mission de servir et d’annoncer un autre qu’eux-mêmes, de se faire petits et de s’effacer pour faire la volonté d’un plus grand qu’eux, comme Jésus l’a fait lui-même en disant à son Père : « Non pas ma volonté mais la tienne. »

 

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Jean - Jn 1, 29-34