Les cantiques bretons de la Semaine Sainte

Grande était autrefois la dévotion des bretons pour la Passion du Christ. Il suffit de penser aux calvaires près des églises, aux nombreux vitraux de la Passion (1), aux crucifixions et piétas… Et aux thèmes de certains cantiques. La Semaine Sainte nous donne l’occasion de les redécouvrir, et pourquoi pas – soyons audacieux ! –, de les chanter le dimanche des Rameaux, le Jeudi saint, et le Vendredi saint.

H.Q.

(1) Au XVIème siècle, qui fut le « siècle d’or du vitrail » en Bretagne, le thème de la Passion du Christ fut le sujet de nombreuses maîtresses-vitres, comme à Ergué-Gabéric (1516), Plogonnec (vers 1520), La Martyre (1535), Daoulas (vers 1535, détruite), La Roche-Maurice (1539), Ploudiry, Saint-Mathieu de Quimper et Tourc’h (milieu XVIe), etc.
En cliquant sur le nom des cantiques et les liens proposés, il est possible d’obtenir les paroles en breton avec leur traduction en français, ainsi que leurs partitions, et un fichier audio (mp3.)

Dimanche des Rameaux

« Emaom amañ, unanet gand an Iliz a-béz, evid digeri ar Zizun zantel, a lidom enni mister Pask or Zalver » (« Nous voici rassemblés au début de la Semaine sainte pour commencer avec toute l’Église la célébration du mystère pascal », Missel romain, dimanche des Rameaux). C’est par ces mots que commence la liturgie des Rameaux. Pour acclamer le Christ entrant à Jérusalem, il est possible de chanter le cantique Enor ha gloar da Vab Doue, très connu car sur une musique de Praetorius († 1621) :

Trehet e-neus e lein ar groaz,
War an aoter trehi 'ra c'hoaz;
Roue kén mad n'eus bet biskoaz.
(Il fut vainqueur sur la croix,
Aujourd'hui encore, Il est vainqueur à l'Autel;
Jamais, nous n'avons eu de si bon Roi).

Autre possibilité, chanter l’hymne Jezuz-Krist eo an Aotrou (Jésus-Christ est Seigneur), d’après l’hymne aux Philippiens (2,6-11) qui est aussi la deuxième lecture de la messe des Rameaux (et l’hymne chanté chaque samedi soir à l'office des premières Vêpres du dimanche) :

Ar C’hrist-Jezuz, O veza e stad a Zoue, N’eo ket fellet dezañ gweled ’Giz eur preiz da dapoud Beza par da Zoue. Med en em ziwisket e-neus, O kemer ar stad a zervicher
(Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, Ne retint pas jalousement Le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, Prenant la condition de serviteur…)

Ou encore, le cantique Piou oc’h c’hwi Jezuz ?, une création contemporaine de Job an Irien et Michel Scouarnec :

Piou oc’h C’hwi Jezuz Pa ’n em roit deom ? Piou oc’h C’hwi Jezuz Pa varvit ’vidom ?
(Qui es-Tu Jésus Quand Tu te donnes à nous ? Qui es-Tu Jésus Quand Tu meurs pour nous ?) 


Jeudi saint

Le Jeudi saint, l’Église fait mémoire de la Cène du Seigneur (Koan sakr an Aotrou) et de l’institution de l’eucharistie, mais a également à cœur de veiller et durer dans la prière avec le Christ Jésus à Gethsémani, au jardin des Oliviers. Lors de la messe du soir, il est possible de chanter un chant eucharistique comme O sakramant burzuduz :

O Sakramant burzuduz, Lec’h om maget gand Jezuz.
Ennañ emañ or Zalver, Kredi a ran war e c’her.
Adorom Doue, E Sakramant e garante.
(Ô Sacrement merveilleux, Où Jésus se fait notre nourriture.
Là est notre Sauveur, Je Le crois sur parole.
Adorons Dieu, Dans le sacrement de son amour).

Ou encore : Me ho salud korv va Zalver, dont la mélodie est bien connue, puisqu’elle a été reprise par le cantique français “En toi Seigneur, mon espérance” (G 7) :

Me ho salud, Korv va Zalver, ’Zo diskennet war an aoter ;
Ennoc’h eo bet cheñchet ar bara, C’hwi ’zeuy em c’halon d’am maga.
(Je vous salue, Corps de mon Sauveur, Descendu sur l’Autel ;
En Vous a été changé le pain, Vous viendrez en mon cœur pour me nourrir.)

Moins connu aujourd’hui, le beau cantique Deomp holl da liorz Olived (qui figurait dans le Kantikou brezoneg de 1942, au n. 121, p. 162-164)  peut accompagner la procession du Jeudi saint au reposoir, par laquelle se poursuit la messe de la Cène du Seigneur. Ses paroles permettent de s’unir dans la prière avec le Christ, de se tenir auprès de Jésus dans sa Passion, de porter avec lui la souffrance du monde qui l’accable, et de méditer le grand mystère de l’amour de Dieu pour l’humanité.


Vendredi saint

Les cantiques de la Passion ne manquent pas pour le Vendredi saint.

On pense d’emblée au beau cantique Gouelit va daoulagad (Pleurez mes yeux) 

Gouelit, va daoulagad, setu maro Jezuz !
Maro Jezuz ’vidomp, pec’herien gwalleürus.
(Pleurez, mes yeux, voici que Jésus est mort !
Jésus est mort pour nous, malheureux pécheurs)

Il est également possible de le chanter sur de nouvelles paroles, grâce à l’adaptation qui en a été faite en 2010 par la chorale Allah’s Kanañ (album Frouez nevez), pour terminer sur un dernier couplet évoquant la résurrection à venir :

Gouelit ma daoulagad, gouelit gand trugarez.
Fellet eo bet d’e Dad e zevel euz ar bez.
(Pleurez mes yeux, pleurez de gratitude.
Il a plu au Père de le relever du tombeau)

Autre cantique très connu, Ni ho salud, Kroaz benniget, d’après un cantique de saint Louis-Marie-Grignion de Montfort (« Vive Jésus, vive sa croix ») sur un air de Haydn. Les paroles en sont très belles : « Salver Jezuz, a-raog mont kuit, me a fell din pokad d’ho treid, Me a stardo va muzellou ouz ar c’hoad sakr, ouz an tachou. » (Seigneur Jésus, avant de partir je veux embrasser vos pieds. Fermement je poserai mes lèvres sur le bois sacré, sur les clous). Mais comme la mélodie est assez triomphaliste, ce cantique paraît davantage adapté à une « clôture de mission », qu’à suivre Jésus sur les chemins de sa Passion.

L’amour des bretons pour la Vierge Marie les fait communier à la douleur extrême de Marie devant le corps meurtri et sanglant de son fils crucifié. La douleur de Marie a été une source d’inspiration pour la liturgie et la musique sacrée depuis le XIIIe siècle. Paraphrasant le Stabat Mater dolorosa, le cantique Piou lavaro pebez glac’har nous invite à nous associer aux souffrances de Marie :

Piou ’lavaro pebez glahar a c’houzañvas war ar C’halvar
Tenerra Mamm ’zo bet biskoaz, p’edo he Mab stag ouz ar Groaz ?
(Qui dira quelle douleur endura sur le Calvaire
La plus tendre de toutes les mères, alors que son Fils était attaché à la croix ?)

Sur le même thème, on trouve deux cantiques récents :
Pedenn ar Vamm, avec deux mélodies au choix, l’une de l’abbé Roger Abjean, l’autre étant tout simplement celle du Piou lavaro,  
War ar groaz (Gwerhez Vari, Mamm or Zalver...)

Pour prolonger l’office de la Passion ou le Chemin de croix, il est également possible de chanter le cantique Lavarom ar chapeled dont la mélodie est bien connue des assemblées liturgiques puisqu’elle a été reprise par le cantique français “La nuit qu’il fut livré” (C 3) :

Lavarom ar chapeled, stouet war an douar,
Jezuz a zell ouzom diwar ar menez Kalvar.
(Disons le chapelet, prostré à terre,
Jésus nous regarde du haut du Calvaire.)


Le Musikou Kantikou Brezoneg a-viskoaz hag a-vremañ édité par le Minihi Levenez propose également d’autres cantiques bretons récents pour la Semaine sainte : 


Il existe aussi de très beaux cantiques en vannetais, que l’on trouvera sur le site An overenn santél du diocèse de Vannes :
Ar groéz santél saùet (La sainte croix dressée),
D’ar groéz santél (Ér groéz on Doué en-des vennet, O madelezh heb par ! Merùel aveid salvein ar bed – Sur la croix notre Dieu a voulu, ô bonté sans pareille ! Mourir pour sauver le monde),
Ged goèd santél (...un Doué skuillet – Au précieux sang d’un Dieu versé),
A-ziàr an aotér  (A-ziàr an aotér, Jézus, me haranté – Jésus, mon amour, descendra bientôt de l’autel),
O Kristénion karantéuz (O Kristénion karantéuz, Oll àr un dro dam ged glahar, Héliam or Salvér Jézus Àr an hent a gas d’ar Halvar – O Chrétiens charitables, Allons ensemble, allons avec douleur, Suivons Jésus, notre Sauveur Sur le chemin qui mène au Calvaire),
Mari, mamm glaharuz (Marie, mère de douleur).


Pour finir, mentionnons un beau cantique du Trégor, Meulomp hirie a vouez uhel (Kantigou Brezonek Eskopti Sant-Brieg ha Landreger, 1934, p. 164) :

D/ Meulomp hirie a vouez uhel
Jezuz-Krist hag e Groaz Zantel !
(diou w)
– Kalet-kaer eo kalon an den
A chom hirie sklaset pe yen,
A chom sklaset pa wel Jezuz
En eun doare ken truezuz.

(R/ Célébrons aujourd’hui à haute voix
Jésus-Christ et sa sainte Croix ! bis)
– Vraiment dur est le cœur de l'homme
Qui reste aujourd’hui glacé ou froid,
Qui reste glacé quand il voit Jésus
Dans une situation si pitoyable.


(Paroles, traduction et partition sur le site kan-iliz


voir aussi : les Cantiques bretons de Pâques

 

Télécharger les pièces jointes :

Le blog "Feiz ha sevenadur"

  • Réflexion du Père Job An Irien : Euz petra on-eus aon ? / De quoi avons-nous peur ?

    Euz petra on-eus aon ? Job2019

    Euz a belec’h eo deuet ar seurt aon-ze, a zo en em zilet en or spered abaoe eun nebeud miziou ? Santoud a reem mad e oa eun dra bennag ha ne ’zae ket mad e istor ar bed, ha ne ouiem ket petra. Re vrao oa deuet ar vuez da veza, peogwir e welem euz an eil boavez d’egile ar vuez o hirraad, hag an dud a gant vloaz o tond da veza niverusoc’h niverusa. Kredet on-noa en eun araokadenn heb fin peogwir on-noa pelleet diouz or broiou ar brezel hag an naonegez. War ar mêz e kreske an atañchou muioc’h-mui... Lod tud o-doa sonet ar c’hloc’h-galv koulskoude, peogwir o-doa santet araog ar re all e vedom war eun hent-dall, med n’int ket bet selaouet. Goulenn a raent cheñch hent, med perag cheñch hent pa ’z-eo ken brao an hent a ’z-eom gantañ... Hag eo c’hoarvezet ar C’hovid-19. ’Vel eun taol kurun en or bed digatar, ha neuze eo bet dizoloet on aon kuz, eun aon hag a oa o voudinellaad en or skouarn abaoe pell, eun aon ha ne felle ket deom kleved.

    Mastaret on-eus boul ar bed ha mall eo deom kempenn anezi. N’om ket re ziwezad ma fell deom cheñch on doareou da implij pinvidigeziou ar bed ha da ranna anezo evid gwella mad an oll. An taniou-gwall er Siberi a lavar deom n’on-eus ket amzer da goll. An digoada en Amazonia, ouspenn laerez o boued digand an dud a vev eno, a vir ouz ar bed da denna e alan. Implij ar glaou ha dreist-oll implij divuzul an eoul-douar evid on energiez hag ar plastik ne reont nemed gwasaad stad or bed...

    Evid ar wech kenta marteze euz on istor on-eus aon euz an amzer da zond. Teñval eo an oabl dirazom. Eun araokadenn ha ne lak ket an den hag an doujañs evid an natur da genta ne gas nemed a-benn d’ar voger. N’eo ket eun araokadenn wirion peogwir e tigas ganti falc’h ar maro. Goud a ouezom hirio e c’hell pep hini ahanom ober eun dra bennag evid savetei an amzer da zond. Douarou a vo kollet, inizi a vo beuzet ha poblou a ranko dilezel o bro ma ne reom ket amañ ar pez a c’hellom. Na lezom ket an aon-kuz d’or seiza, rag oll asamblez on-eus ar garg euz or bed, hag ar pez a reom en on lec’h deom-ni a zo a-bouez evid ar bed a-bez.


    De quoi avons-nous peur ?

    D’où est venue cette sorte de peur qui s’est insinuée dans notre esprit depuis quelques mois ? Nous sentions bien qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas bien dans l’histoire de notre monde, et nous ne savions pas quoi. La vie était devenue trop belle, puisque nous la voyions d’une année sur l’autre s’allonger, et que les gens de cent ans devenaient de plus en plus nombreux. Nous avions cru en un progrès sans fin, puisque nous avions écarté de nos pays la guerre et la famine. Dans les campagnes les fermes s’agrandissaient de plus en plus... Certains avaient pourtant sonné le tocsin, parce qu’ils avaient ressenti avant les autres que nous allions vers une impasse, mais ils n’ont pas été écoutés. Ils demandaient de changer de direction, mais pourquoi changer de direction quand est si belle la route que l’on suit... Et le Covid-19 est arrivé. Comme un coup de tonnerre dans notre ciel sans nuages, et nous avons alors découvert notre peur cachée, une peur qui bourdonnait à nos oreilles depuis longtemps, une peur que nous ne voulions pas entendre.

    Nous avons sali notre globe, et il est plus que temps de le réparer. Nous ne sommes pas trop tard si nous voulons changer nos manières d’utiliser les richesses du monde et les partager pour le meilleur bien de tous. Les incendies en Sibérie nous disent que nous n’avons pas de temps à perdre. La déforestation de l’Amazonie, en plus de voler leur nourriture aux gens qui y vivent, empêche notre monde de respirer. L’utilisation du charbon et surtout l’utilisation démesurée du pétrole pour notre énergie et le plastique ne font qu’empirer l’état de notre monde...

    Pour la première fois peut-être de l’histoire de notre monde, nous avons peur de l’avenir. Le ciel est sombre devant nous. Un progrès qui ne met pas l’homme et le respect de la nature en premier ne conduit que dans le mur. Ce n’est pas un vrai progrès puisqu’il apporte avec lui la faux de la mort. Nous savons aujourd’hui que chacun de nous peut quelque chose pour sauver l’avenir. Des terres seront perdues, des îles seront noyées et des peuples devront abandonner leur pays si nous ne faisons pas ici ce que nous pouvons. Ne laissons pas la peur cachée nous paralyser, car tous ensemble nous sommes responsables de notre monde et ce que nous faisons en notre lieu est important pour le monde entier.


     Tad Job an Irien

  • Nouvelle édition de Muzikou Kantikou Brezoneg

    Nouvelle édition de Muzikou Kantikou Brezoneg bannière Minihi

    Projet pour les éditions du Minihi Levenez :
    Une nouvelle édition, revue et corrigée.
    Augmentée  des refrains en breton des psaumes des trois années liturgiques (A, B et C) et de nouveaux cantiques.

    Une souscription sera proposée dans les semaines à venir
    Pour plus d'informations, contacter le Minihi-Levenez
    29800 Tréflévénez
    02 98 25 17 66

     

  • Ar Zalmou war ar rouedad

    Pedenn an deiz GF 1Ema bremañ meur a zalm war ar rouedad, war lehienn eskopti Kemper ha Leon. War ar bajenn digerri e ranker klika war "Feiz" > "Salmou".

    Ar 97 salm kinniget a zo tennet euz al leor “Pedenn an deiz”, embannet e 1988 gand Minihi Levenez. Eun droidigez evid al liderez eo.

    Emichañs e vo gelled kinnig an oll zalmou e brezoneg dizale.

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