Kanennoù ar feiz. Les chants de la foi

[recension]

Fañch MORVANNOU
KANENNOÙ AR FEIZ. LES CHANTS DE LA FOI.
éditions du Layeur / Notre Histoire
1998, 48 pages et un disque compact
ISBN : 2-911468-17-1 – 130 F / 19 €

Kanennou ar feizSi pour l’écrivain Anatole Le Braz, la Bretagne était le « pays des pardons » (1), pour le professeur Fañch Morvannou, elle est également celui des kantikou, des cantiques bretons qui, tout comme les gwerziou (complaintes) et les soniou (chants d’amour et de fête), font corps avec l’âme bretonne et sont indissociables de l’identité régionale.

Ancien professeur de breton à l’université de Brest (et de 1992 à 2001, animateur sur la radio diocésaine RCF-Rivages d’une émission hebdomadaire, « Skrivagnerien or bro », sur les écrivains bretons), Fañch Morvannou consacre aux cantiques bretons un très bel et intéressant ouvrage : Kanennoù ar feiz. Les chants de la foi, aux éditions du Layeur. Il y présente les textes et les partitions de quinze cantiques parmi les plus connus des anciens diocèses de Cornouaille, Léon, Trégor et Vannes. Et surtout, il en donne un commentaire pour mieux en dégager le sens et en faire découvrir la richesse et la beauté.

C’est ainsi que l’on découvre ou redécouvre quatre cantiques de Noël, certains bien connus comme Péh trouz zo ar en douar (Quelle rumeur sur la terre), ou l’angélus breton de Noël : An Anjelus e Brezoneg (Eun arc’hêl a-berz an Aotrou), ou encore Kanomp Noel (Chantons Noël), d’origine vannetaise mais présenté dans sa version dite KLT (Kerne-Leon-Treger) commune aux anciens diocèses de Cornouaille, Léon et Trégor. Moins connu, mais tout aussi émouvant, le cantique Jézus-kroèdur (Jésus-enfant) du poète vannetais Yann-Bèr Kalloc’h, nous fait souvenir que la Sainte Famille n’avait pu trouver à se loger à Bethléem et, contemplant la pauvreté de la crèche, proclamer : « Mar doh a beb bro forbanet, deit de diér er Vretoned… geté en nor, èl er galon e zo digor » (2) (Si vous êtes banni de tous les pays, venez dans la maison des Bretons… chez eux la porte, tout comme leur cœur, demeure ouverte).

Fañch Morvannou présente et commente également les différentes versions (trégoroise, finistérienne et vannetaise) du célèbre Kantik ar Baradoz ou Cantique du paradis, qui commence par ces mots : Jezuz, pegen braz ’ve, ainsi que le beau cantique d’origine trégoroise Baradoz Dudius (Paradis merveilleux) : « Bro ar Zent eo va bro » (le pays des Saints est mon pays).

L’émouvant cantique de la Passion du Sauveur, Ouilet men daoulagad (Pleurez mes yeux ; en KLT : Gouelit va daoulagad) est présenté dans ses différentes versions : vannetaise d’origine, et ses variantes de Quimper et de Saint-Brieuc.

L’auteur s’intéresse naturellement aux cantiques de pardons. La Gwerz ar Zeiz Sant, ou complainte de la chapelle des Sept-Saints (en la commune du Vieux-Marché, non loin de Lannion), qui se chante sur l’air de O Elez ar baradoz, raconte l’histoire des Sept Dormants d’Éphèse. Le cantique Intron Varia ar Porzou donne l’occasion à Fañch Morvannou de nous présenter l’histoire du sanctuaire de Notre-Dame des Portes en Châteauneuf-du-Faou, et Itron Varia Rostren, le pardon de Notre-Dame de Rostrenen. On découvre avec lui le pardon de Notre-Dame de Quelven, en la paroisse de Guern, dans le Morbihan bretonnant, et son célèbre cantique Intron Varia Kelùen dont la mélodie inspirera d’autres kantikou, comme celui du Folgoët (Patronez dous ar Folgoad) ou l’un des cantiques du grand pardon de saint Yves à Tréguier : Pa neo hirie ho Pardon, sant Erwan vinniget.

Le Kantik Zant Erwan (N’an neus ket en Breiz), dont l’air est si populaire en Bretagne, n’est évidemment pas oublié dans ce livre qui nous donne également un commentaire du cantique vannetais Ni ho kemér Mari, aveit hor Mamm (Nous vous choisissons Marie, pour notre Mère). Fañch Morvannou y repère l’influence d’une prière de saint Louis-Marie Grignion de Montfort : « Je vous choisis, aujourd’hui, ô Marie (...) pour ma mère et ma Reine ».

Enfin, une étude des acclamations vannetaises pour le Salut du Saint-Sacrement, Re vo mélet (Que soit loué…), et du célèbre Adoromp oll (Adorons tous dans le sacrement de l’autel), conclut ce très beau livre qui ravira tous ceux qui aiment chanter en breton lors des fêtes religieuses et des pardons.

Un CD l’accompagne : interprétés par le chœur d’enfants de la maîtrise de Bretagne, les quinze enregistrements permettent de découvrir que ces Kanennou ar feiz ne sont pas seulement magnifiques à écouter, mais qu’ils sont l’expression de la foi encore vivante aujourd’hui de tout un peuple.

Hervé Queinnec


(1) Anatole Le Braz, Au Pays des Pardons, 1894.
(2) Ce qui donne en KLT : Mar doc‘h a beb bro harluet, deuit da dier ar Vretonet… ganto an nor ’vel ar galon a zo digor.

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