Koraiz

C’hwi Aotrou a garan / Toi, Seigneur que j’aime

C’hwi, Aotrou a garan,
ken tost ez oh ouzin
ma n’on ket evid mond pell diouzoh,
n’on ket evid lakaad em halon
e vefeh eun Doue uhel ha pell
o ren ar bed, o ren an traou,
eun Doue braz heb trubuillou
dreist peb den ha dreist peb tra...
N’oh ket an Doue-se.
Siouloh ’vefe va harantez
ma vefeh evelse !

Ha dirazon emañ ho kroaz,
kroaz eur maro kriz
araog beza kroaz gloar Doue,
kroaz va Doue o houzañv
dre fallagriez an den.
Staget a-deus ar mestr war ar groaz,
staget am-eus ar mestr war ar groaz,
ha ne feil ket din sel led outañ ;
aon am-eus, hag heug ha spont...
Koulskoude ez oh
an Aotrou a garan.

Perag Aotrou,
lavarit din perag,
displegit d’am halon,
perag mond beteg ar groaz ?
perag mond beteg ar groaz evidom ?
perag kement a boan ?
penaoz e hellfen-me ho kared awalh
evid kement a boan ?

O Aotrou a garan,
ho kroaz em halon evel eur yen
da rei plas d’ar garantez,
daoust ha mond a rin
dre an hent a ziskouez din ?
Daoust hag ez aio kuit
an aon, an heug hag ar spont
ma hellin mond gand karantez em daouarn
da heul an Aotrou a garan ?

(Minihi Levenez 4, 1990,
“Komzou evid pedi”, p. 18-19)

Toi, Seigneur que j’aime,
tu es si proche de moi
que je ne peux m’éloigner de toi,
ni accepter dans mon cœur
que tu sois un Dieu élevé et lointain
gouvernant le monde et toute chose,
un Dieu grand et sans soucis
au-dessus de tout homme et de toute chose...
Tu n’es pas ce Dieu-là.
Mon amour serait plus tranquille
si tu étais ainsi !
Devant moi, il y a ta croix,
la croix d’une mort cruelle
avant d’être la croix de la gloire de Dieu,
la croix de mon Dieu qui souffre
de par la méchanceté de l’homme.
Ils ont attaché le maître sur la croix,
j’ai attaché le maître sur la croix,
et je ne veux pas le regarder ;
j’ai peur, je suis dégoûté, épouvanté...
Pourtant tu es
le Seigneur que j’aime.
Pourquoi Seigneur,
dis-moi pourquoi,
explique à mon cœur,
pourquoi aller jusqu’à la croix ?
pourquoi aller jusqu’à la croix pour nous ?
pourquoi tant de souffrances ?
Comment pourrais-je t’aimer assez
pour tant de souffrances ?
O Seigneur que j’aime,
ta croix dans mon cœur comme un coin
pour faire place à l’amour,
est-ce que j’irai
par le chemin qu’elle me montre ?
Est-ce que s’en iront
peur, dégoût et épouvante
que je puisse aller avec de l’amour dans les mains
à la suite du Seigneur que j’aime ?