Frère Roger, ofm (Paul Le Ber, 1920-1945)

Né le 1er avril 1920 à Landivisiau, deuxième de cinq enfants d’une famille de commerçants, Paul Le Ber fut baptisé le 4 avril en l’église Saint-Thivisiau. Scolarisé à l’école Saint-Joseph de Landivisiau, il part ensuite au Petit séminaire franciscain de Fontenay-sous-Bois dans l’actuel Val-de-Marne.

A l’automne 1939, Paul entre au noviciat franciscain d’Amiens. Un de ses frères l’y a précédé. Il prend, en religion, le nom de Frère Roger. Après avoir prononcé ses premiers vœux le 17 décembre 1940 au monastère de Kermabeuzen à Quimper, il étudie la théologie au scolasticat de Carrières-sous-Poissy. Ses frères franciscains gardent le lui le souvenir d’un jeune homme humble et au service de tous : « Très gentil, très spontané, très serviable et plein de sens surnaturel ». « C’était une ombre. On ne savait pas qu’il était là. Il était toujours là quand on avait besoin de quelqu’un, d’un frère. Jamais il ne s’imposait. Un naturel renfermé, mais un homme apaisé. Toujours un peu perdu dans sa méditation ».

Réquisitionné au titre du Service du Travail Obligatoire (STO) en juin 1943, il se prépare à partir en Allemagne en travaillant à la gare de triage d’Achères (Yvelines). Il arrive à Cologne le 17 septembre 1943 en tant qu’ouvrier journalier affecté aux marchandises pour le Rail Allemand. 

Frère Roger y retrouve d’autres compagnons franciscains français ; ils seront bientôt surnommés « les 12 alouettes » (cf  "Nous étions douze" de Eloi Leclerc) ou encore « les 12 apôtres de Cologne ». Ils vivent dans un baraquement de travailleurs forcés comme s’ils étaient dans un cloître, au camp Roland, entre l’actuelle station de tramway Geldernstrasse et l’hôpital des Sœurs-de-Saint-Vincent à Nippes, un quartier nord de Cologne, puis dans le camp Grenzstrasse. Les 12 Franciscains organisent des services religieux, des réunions et l’entraide des travailleurs forcés, ce qui était illégal aux yeux des SS. 

Ils furent arrêtés le 13 juillet 1944 par la Gestapo et, après interrogatoire à la prison de Brauweiler et une courte détention au camp de Cologne-Deutz, transférés le 16 septembre 1944 au camp de Buchenwald. Paul Le Ber y reçoit le matricule No 81.747.  

A partir du 13 novembre 1944, Fr. Roger travailla comme prisonnier au Kommando Langenstein-Zwieberge à la production d’armes (V1 et V2) des avions et moteurs Junkers. L’espérance de vie, pour ceux qui avaient le malheur d’y travailler, n’était que de quelques semaines. Frère Roger y épuisa ses dernières forces. Il quitta le camp que les SS évacuaient le 7 avril 1945 dans une colonne de prisonniers. Épuisé, frère Roger se traînait péniblement en queue de colonne. Lorsqu’il tomba d’épuisement le 12 avril 1945, la balle d’un S.S. l’acheva.

« Il [fr. Roger] a vécu héroïquement et chrétiennement la fin de son existence. Il s’est librement surpassé dans le témoignage, en offrant sa vie au Christ et à ses frères. Le fait qu’il ait pu être auparavant un “chrétien ordinaire” avec ses qualités et ses faiblesses (Dieu seul en est juge !) ne diminue en rien la valeur de sa charité et de son sacrifice » (lettre de fr. Luc Matthieu, ofm, ministre provincial, 20 septembre 1991).

La mort tragique de Frère Roger Le Ber n’est nullement séparable de celle d’une cinquantaine d’autres “martyrs du STO”, prêtres, religieux, séminaristes, scouts et jocistes, victimes du nazisme dont la canonisation comme martyrs de la foi est en préparation depuis 1988, à la suite de la béatification en 1987 de Marcel Callo, scout et jociste du diocèse de Rennes, décédé le 19 mars 1945 à Mauthausen. Cette cause collective est dite Cause des « Martyrs de l´Apostolat », victimes de la persécution décrétée le 3 décembre 1943 contre l’apostolat catholique français en Allemagne nazie.


Bibliographie :

- abbé Pierre Cariou, Bienheureux de la déportation, Bannalec, imprimerie régionale, 2001, p. 183-184 ;

- Mgr Charles Molette, “En haine de l’Evangile”. Victimes du décret de persécution nazi du 3 décembre 1943 contre l’apostolat catholique français à l’œuvre parmi les travailleurs requis en Allemagne (1943-1945), Paris, A. Fayard, 1993, p. 125, 196 et 293-296 ;

- Mgr Charles Molette, Fratres martyrum sumus : Martyrs de la résistance spirituelle victimes de la persécution nazie décrétée le 3 décembre 1943. Dossiers personnels des cinquante candidats à la béatification replacés dans le contexte de leur apostolat et de la persécution qu’ils ont subie jusqu’à la mort en vertu du décret du 3 décembre 1943 porté contre l’apostolat catholique français en Allemagne nazie, Paris, F.X. de Guibert, 1999, tome I, p. 497-511 ;

- Reimund Hass, Elisabeth Tillmann, Verfolgt und ermordet als junge Christen : 51 französische Märtyrer im Nazi-Reich / Persécutés et assassinés comme jeunes chrétiens : 51 martyrs français dans le Reich nazi, Dortmund, Katholisches Bildungswerk der Dortmunder Dekanate, 2005, p. 108-109.


Extraits du discours de Jean-Paul II à l’occasion de la commémoration Œcuménique des témoins de la foi du XXe siècle :

« Très chers frères et sœurs ! [...]

Le siècle qui vient de s’écouler a été traversé d’ombres obscures ; mais parmi celles-ci se détachent de splendides lumières. Un grand nombre d’hommes et de femmes, de chrétiens de toutes confessions, races et âges, ont témoigné de la foi face à de dures persécutions, en prison, au milieu de privations de tout genre, et beaucoup d’entre eux ont également versé leur sang pour rester fidèles au Christ, à l’Église, à l’Évangile.

C’est la même lumière que celle de Pâques qui resplendit en eux : c’est de la résurrection du Christ, en effet, que les disciples reçoivent la force de suivre le Maître à l’heure de l’épreuve. [...] 

Faire mémoire des témoins héroïques de la foi du vingtième siècle signifie préparer l’avenir, en assurant de solides bases à l’espérance. Les nouvelles générations doivent savoir le prix qu’a coûté la foi qu’ils ont reçue en héritage, pour recueillir avec gratitude le flambeau de l’Évangile et illuminer avec celui-ci le nouveau siècle et le nouveau millénaire. [...]

L’amour jusqu’au sacrifice purifie les Églises de ce qui peut freiner et ralentir le chemin vers la pleine unité.

Parmi les lumières des disciples héroïques du Christ brille d’une splendeur singulière celle de Marie, Vierge fidèle, Martyre sous la Croix. Du fiat de Nazareth à celui du Calvaire, toute son existence fut modelée par l’Esprit Saint sur celle de son Fils, en rendant témoignage à Dieu le Père et à son amour miséricordieux.

Dans la première Communauté de Jérusalem, Marie représentait la mémoire vivante de Jésus, de son incarnation, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Chaque croyant et chaque communauté chrétienne, à l’heure de l’épreuve, trouve soutien et réconfort dans la Sainte Vierge. » 

7 mai 2000 

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