2ème dimanche de l’Avent - 10 décembre 2017

Ce dimanche, plusieurs voix se font entendre pour annoncer de bonnes nouvelles de la part de Dieu. Elles ont retenti en des circonstances historiques différentes. Dimanche dernier dans le Livre d’Isaïe, un prophète exprimait dans sa prière sa désolation de voir que son peuple revenu d’exil retombait dans ses erreurs et ses errances. Aujourd’hui la liturgie nous invite à un retour en arrière. Dans le même Livre nous entendons ce que proclamait un autre prophète de la même famille spirituelle que lui, durant l’exil à Babylone.

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu.
Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli,
que son crime est pardonné, et qu’elle a reçu de la main du Seigneur
double punition pour toutes ses fautes. »
Une voix proclame : « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur.
Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu.
Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées,
les passages tortueux deviendront droits et les escarpements seront changés en plaine.
Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront
que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
[…] Comme un berger, Dieu conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux,
il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits. 

Par la voix du prophète, la bouche du Seigneur a parlé. Il déclare qu’il veut « consoler » son peuple en exil. Dans la Bible, il est souvent présenté comme un Dieu qui console… Encore un mot qui nous a été emprunté par les facteurs d’orgue, ou les électroniciens des jeux vidéo ! Gardons-le précieusement, enveloppé dans deux textes qui nous sont familiers. D’abord dans le texte des Béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés », et bien sûr dans ce texte d’Isaïe aujourd’hui : « consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu… » Ce texte, naguère appelé « consolamini », chanté à Noël, qui ouvre le livre de la consolation d’Israël exilé à Babylone.

Le verbe « consoler » revêt deux aspects inséparables. D’une part sécher les larmes (c’est une action tournée vers le passé), d’autre part, réconforter, rendre fort (c’est une action tournée vers l’avenir). C’est ce que Dieu désire pour son peuple : la rupture de l’Alliance n’est jamais de son fait et ne remet jamais en cause sa fidélité. À tous il offre toujours un avenir possible. Au pécheur de revenir vers lui en chantant après s’en être allé en pleurant. Les bras et le cœur de Dieu sont toujours ouverts pour accueillir le peuple prodigue. Comment reconnaître et accueillir ce Dieu berger si l’on a un cœur de guerrier ? Comment reconnaître et accueillir la tendresse maternelle de Dieu, si on a le cœur impitoyable ? Comment reconnaître et accueillir ce Dieu cordial, qui porte les petits sur son cœur, si l’on a un cœur dur comme la pierre ?

La voix de Dieu lui-même retentit encore dans le psaume 84, dont ne nous sont proposés que les derniers versets.

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple [et ses fidèles ;
Qu’ils ne reviennent jamais à leur folie].
Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.
Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin. 

Ce psaume date sans doute de la période d’après le retour d’exil qui ne fut pas idyllique : les rapatriés de Babylone connurent beaucoup d’épreuves. Dieu les avait fait revenir d’exil, mais ils s’étaient montrés de nouveau infidèles à sa Loi. D’où leur supplication pour que le Seigneur revienne encore afin « qu’ils ne reviennent jamais à leur folie ». Un passage censuré dans le missel, on ne sait pourquoi. Une prière dont la résonance est si forte dans notre actualité, dans notre monde menacé de revenir aux folies des guerres, des oppressions, des injustices.

Encore une parole de consolation dans la prière du psaume. Dieu prononce un seul mot : « Paix », ce mot que prononceront les anges de la nativité et plus tard Jésus ressuscité. « Paix aux humains de bienveillance ». Voilà le projet, le désir de Dieu pour tous les membres de son peuple et pour les plus fidèles à son Alliance. La bonne nouvelle de la Paix est associée à un appel à une conversion évoquée par deux couples de mots. Cet appel est à vivre dès maintenant : dès à présent, amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. Pas d’amour dans toute rencontre si règne le mensonge, si la vérité n’est pas respectée. Pas de paix possible sans justice sociale à vivre dans les rapports humains. Pas de vérité sans amour dans toute rencontre non plus, et pas de justice sans baiser de paix. Mais ces valeurs sont à vivre dans les trois dimensions de l’espérance, évoquées à la fin par les verbes au futur. Elles prennent leur source en Dieu qui se penchera toujours vers l’humanité et donnera ses bienfaits. Elles montent vers Dieu, et elles germeront d’une terre qui donnera son fruit. Nous nous préparons à fêter la naissance de ce fruit de la terre, Jésus, qui est venu donner sens à l’horizontalité de notre histoire. Aujourd’hui et toujours la justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

L’Évangile de Marc, – notre évangéliste de cette année – commence par la double annonce d’une Bonne Nouvelle. La première est celle de l’évangéliste lui-même, au fronton de son écrit et la seconde celle de Jean Baptiste dont la voix retentit dans le désert.

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu.
Il était écrit dans le livre du prophète Isaïe :
Voici que j’envoie mon messager devant toi,
pour préparer ta route. À travers le désert, une voix crie :
Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route.
Et Jean le Baptiste parut dans le désert.
Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui.
Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain,
en reconnaissant leurs péchés. […]
Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi.
Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds
pour défaire la courroie de ses sandales.
Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Alors qu’Isaïe et le psalmiste évoquent des recommencements liés aux aléas de l’histoire, des relèvements après des chutes, des conversions après des errements, saint Marc parle d’un commencement, de l’irruption d’une nouveauté dans l’histoire humaine, d’une véritable et bonne nouvelle. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », dit le récit de la Genèse (v.1), « Au commencement était le Verbe », écrit saint Jean (v.1). « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu », écrit saint Marc (v.1). L’Évangile de Marc commence par une profession de foi et un cri à travers le désert, et fait accourir les foules.

Qu’y a-t-il donc de nouveau, si la voix de Jean Baptiste crie les mêmes mots qu’Isaïe au retour d’exil ? La nouveauté, c’est l’accomplissement de ce qui était annoncé. Jean Baptiste n’a pas retenu la promesse d’une consolation mais l’appel à une conversion. Se convertir, pour quoi ? Pour accueillir Celui qui vient remettre les péchés, ouvrir les temps nouveaux, ceux de la consolation universelle et définitive. Se convertir n’est pas mériter la consolation ; la consolation est première. Se convertir, c’est s’ouvrir à celui qui console.

Pierre, dans sa seconde Lettre écrite aux chrétiens des années 100, qui pensent encore que la venue du Seigneur est proche, et s’étonnent de son retard, rappelle que le rapport de Dieu au temps et celui des hommes sont sans commune mesure.

[…] Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans,
et mille ans sont comme un seul jour.
Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse,
comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente :
car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ;
mais il veut que tous aient le temps de se convertir.
[…] Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.
Dans l’attente de ce jour, frères bien-aimés,
faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix.

Le Christ est venu mais s’il tarde à revenir c’est parce que Dieu « n’accepte pas que quelques uns se perdent. » Pierre met le retard de Dieu sur le compte de sa miséricorde : Dieu a le temps pour lui et il patiente pour « que tous aient le temps de se convertir ». Nous sommes appelés à la même patience que lui, pour le salut de nos frères et du nôtre.

Nous pouvons faire un lien entre le retard de Dieu, et le désert de son silence où enfin retentit un cri, ainsi que la longueur de son absence. La voix d’Isaïe, comme celle de Jean Baptiste, sont des « cris dans le désert ». La voix des Églises et des prophètes retentissent aujourd’hui aussi sur une terre et dans une histoire souvent désertées par l’espérance. Qu’ils tiennent bon cependant, comme les encourage saint Pierre. Qu’ils ne désertent pas le désert de notre monde, car Dieu lui-même en Jésus aime ce monde : il lui parle par leur voix et le console par leur courage.

Informations supplémentaires

  • Evangile: selon saint Marc - Mc 1, 1-8
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